• Inde, suite et fin

    Après avoir passé une nuit dans le seul hôtel d’une petite ville située à quelques kilomètres de la frontière, nous ré-enfourchons les vélos. Le défi du jour est d’atteindre Gorakhpur avant la nuit. Ce ne sont pas les 90 kilomètres sur une bonne route qui nous inquiètent mais plutôt la fournaise. Assez rapidement dans la matinée on dépasse les 40 degrés et ça continue de grimper. Nico lira plus 54°C sur le compteur du vélo. Heureusement on trouve des puits toutes les 3 ou 4 maisons et on peut s’y « rafraichir » ou plutôt s’y tremper complètement. Malgré ces précautions Anais ne sent pas très bien, et a besoin d’une bonne pause avant de reprendre la route. On pense avoir bu environ 10 litres d’eau chacun pendant cette journée.

    Arrivés à destination, on se rend à la gare. Les indiens respectent à peu près autant les files d’attentes que les chinois. Traduction il faut jouer des coudes pour garder sa place devant le guichet. On découvre alors qu’il n’y a plus de disponibilité dans les trains pour Delhi avant 3 jours. Sacré surprise ! Et comme l’idée d’attendre 3 jours à Gorakhpur ne nous emballe pas plus que ça on décide d’aller directement à Varanasi, le lendemain, pour y découvrir les rives du Gange. Cette première expérience du transport ferroviaire nous fait comprendre qu’il va falloir s’organiser si l’on veut voyager en train !

    Malgré une arrivée très matinale à la gare, et 2 indiens dévoués pour nous aider, on a du mal à trouver l’information pour mettre les vélos dans le train. On parcourt plusieurs fois le « quai le plus long au monde (1,4km) » dixit le panneau qui surplombe la gare, on reçoit des informations contradictoires…et on n’a toujours pas trouvé de solutions 5 minutes avant le départ du train. Au final, on ne paie pas de supplément et cale nos vélos entre les wagons.

    Il fait déjà « bon » lorsque l’on arrive en fin de matinée à Varanasi. La rue devant la gare est complètement saturée et les gens klaxonnent sans cesse. On peine à s’extraire de là et on finit par entrer dans les ruelles étroites et fraîches de la vieille ville. On trouve une auberge près des rives du Gange.

    Varanasi s’étend sur la rive gauche du Gange. La rive droite, qui à cet endroit sablonneuse et surtout plus basse, doit être inondée lors de fortes pluies. Côté ville, la rive est aménagée par une promenade qui relie les différent « ghats », ensemble de marches permettant l’accès au fleuve sacré.

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    Le matin, beaucoup de personnes viennent y prendre un bain rituel. Les plus avertis ou les plus riches traversent en bateau pour rejoindre la rive droite moins polluée. C’est aussi l’heure des lessives. Des dizaines d’hommes et de femmes, de l’eau jusqu’à mi-cuisse, frappent le linge sur des pierres et le font ensuite sécher sur la promenade aux pierres déjà chaude. Mais comme le sol est souillé de déjections animales…enfin bref.

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    D’autres jouent aux crickets, discutent, prient ou se promènent tout simplement. L’atmosphère y est très agréable.

    En se promenant le long de la berge, on arrive au ghat dédié aux crémations. Après avoir été plongés dans le Ganges, les corps sont brulés sur des buchers, plus ou moins loin de la berge selon l’appartenance du défunt à une caste inférieure ou supérieure. Les cendres sont ensuite jetées dans la rivière. Environ 300 corps sont brulés chaque jour sur ce ghat. L’ambiance y est singulière. Des personnes se baignent dans le fleuve à quelques mètres des corps incandescents, et comme partout ailleurs dans la ville, il est normal de voir errer chiens, vaches et chèvres.

    La foule se concentre le soir sur le ghat principal et sur les bateaux pour assister aux cérémonies.

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    Après quelques jours à découvrir et profiter de Varanasi, nous prenons un train de nuit en direction de New Delhi.

    Il existe 8 classes différentes dans les trains indiens. Les plus chères sont climatisées, puis il y a le wagon couchette non climatisé, et finalement, la seconde classe où les plus pauvres s’entassent. Nous voyageons dans un wagon couchette non climatisé et sommes un peu surpris au départ de voir que des personnes viennent s’assoir sur un bout de notre couchette. Peu après 23h, le couchage s’organise et les passagers excédentaires s’installent où ils peuvent, c’est-à-dire par terre. Il n’est alors presque plus possible de se déplacer.

    Nous apprendrons plus tard, que même lorsque les trains sont complets, des places sont vendus en « waiting list » au même prix que les places normales. Et même s’il n’y a pas de désistement, les personnes en « waiting list » peuvent voyager. Il semble que ce soit la seule solution qu’ait trouvé les responsables du système ferroviaire dans ce pays où les besoins sont beaucoup grands que le service en place. Sur le système de réservation, on a vu que l’on pouvait encore payer pour être en « wainting list » en 150e position… En tant que touriste étranger, on est privilégié par le système vu qu’on peut bénéficier du « tourist quota », qui représente 1 à 2% des places disponibles.

    Nous prévoyons de ne rester que deux jours à Delhi, le temps de déposer nos vélos et prévoir la suite du voyage en « touriste-piéton » dans le Rajasthan. Notre journée de vélo avec 45°C à l’ombre en arrivant du Népal nous avait convaincu d’abandonner les vélos dans ces conditions.

    Dès notre arrivée à Delhi, nous nous rendons à la gare pour acheter des billets de trains. Plusieurs hommes font un barrage à l’entrée et l’un d’eux demande à Nico nos billets. « Pas de billets, pas d’accès » nous dit-il. Il prend alors quelques minutes pour nous expliquer comment se rendre au bureau de réservation pour les touristes pour bénéficier du « quota ». Un tuktuk nous y conduit et nous entrons dans un bâtiment aux couleurs du ministère du tourisme. Au bout de quelques minutes on a des doutes sur l’endroit où nous sommes. Doutes confirmés lorsque l’agent nous présente l’addition : 7 fois le prix que nous avions budgété. On sort de là en vitesse! Devant la boutique un conducteur de tuktuk nous fait signe et nous dit en souriant que l’on a certainement dû se faire avoir et que le bureau de réservation officiel se situe au premier étage de la gare. Pour 10 roupies il dit nous y amener. Mais le fait est que 5 minutes plus tard on se retrouve devant une agence en tout point similaire à la précédente. L’amour propre de Nico en prend un coup. Roulé 2 fois en quelques minutes. Heureusement pour nous l’histoire se solde par 20 roupies et 1h30 de perdue le temps de retourner, à pied cette fois, au vrai bureau de réservation situé dans la gare. Pour certains que nous avons rencontré plus tard, cette petite blague aura coûteé quelques centaines d’euros.

    Old Delhi semble avoir tourné le dos à la modernité : pas ou peu de voiture, le transport se fait en charrettes tirées par des bœufs de la taille d’un cheval ou des hommes qui évoluent tant bien que mal dans des ruelles bruyantes et surpeuplées. Les rues sont jonchées de détritus et les immeubles un peu branlants.

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    La nouvelles ville, construite par les anglais, « New delhi », est impersonnelle : grands espaces, grandes avenues, grand bâtiments.

    Les cours d’eau qui parcourent la ville font peur à voir. Certains sont noirs et visqueux comme du pétrole.

    La description de l’ensemble est un peu assassine puisque l’on espérait autre chose de la capitale de l’Inde.

    En s’immergeant un peu plus longtemps dans la ville, on découvre peu à peu autre chose. Cette proximité permanente d’extrêmes. Du moderne côtoie de l’ancien, des 4×4 de luxe patientent derrière des calèches, des femmes portant des couleurs vives et immaculées déambulent dans les rues poussiéreuses, des vaches qui ruminent calmement au milieu de l’hyperactivité humaine. On sent à la fois une tension permanente et ce petit truc magique qui fait que cela n’explose pas.

    Delhi est également l’endroit où l’on aura vu le plus d’infirmes depuis le début de notre voyage. Et lorsqu’à la sortie de la gare nous avons croisé une jeune fille le visage déformé probablement à la suite d’une brulure à l’acide, le problème de la condition des femmes en Inde nous est immédiatement revenu à l’esprit.

    En nous rendant chez Chandan, le warmshower qui veut bien nous garder les vélos pendant une dizaine de jours, un motard nous accoste. Il nous montre sa carte de journaliste et dit vouloir faire un article sur nous. Il appelle son photographe et nous interview pendant une bonne heure.

    Désormais piétons, nous nous rendons à la gare où nous prenons un train de nuit pour Udaipur. Cette fois-ci, nous sommes seuls sur nos couchettes !

    Nous arrivons dans la « ville blanche » au petit matin, et faisons connaissance avec quelques habitants :

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    Nous visitons le palace, qui s’avère finalement être bien plus impressionnant de l’extérieur que de l’intérieur, et profitons de la ville. En fin de journée, lorsque la température baisse et que des milliers de chauves-souris géantes envahissent le ciel, l’atmosphère y est très agréable.

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    Nous prenons ensuite un bus jusqu’à Ranakpur, où nous découvrons le temple jaïn de l’extérieur. Nous profitons de la cantine du temple, où pour 50 roupies, nous dégustons le meilleur Thali (plat complet avec chapatis, riz et accompagnements) que nous ayons mangé.

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    Un autre bus nous amène à Jodhpur, la « ville bleue » dominée par une immense forteresse du temps des Maharajas. Ces derniers, s’ils n’ont plus de pouvoir officiel, continuent d’exercer une influence considérable sur leur territoire.

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    Un bus couchette nous amène ensuite à Jaisalmer, située dans un désert à une centaine de kilomètres de la frontière pakistanaise.

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    La ville est magnifique, plutôt bien aménagée, et forme avec le fort un ensemble harmonieux. Comme pour les précédentes escales, on ne se sépare jamais de notre bouteille d’eau et l’on mouille nos vêtements dès que possible. Il fait généralement encore entre 37°C et 39°C le soir au diner.

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    Notre hôte nous explique que la ville n’a pas de problèmes d’eau même en plein désert. En plus de nappes phréatiques, elle est desservie par le « Indira Ghandi Canal » qui part quelques 650km plus haut, dans l’état du Punjab. Les habitants ont accès à l’eau courante quelques heures, un jour sur deux en moyenne, et remplissent alors des cuves à l’aide de pompes.

    On quitte Jaisalmer en pleine nuit pour Jaipur (la ville rose). Pas vraiment de coup de cœur pour la capitale de l’état du Rajasthan.

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    On retiendra surtout la crise allergique de Nico après un repas au restaurant. Même si l’on y a vu un cafard et une souris qui essayait de grignoter ce qu’un gros rat avait laissé, la crise n’est pas liée à l’insalubrité de l’établissement. Dissimulée derrière une bonne quantité d’épices et de piments, Nico n’a pas reconnu l’huile d’arachide. Le retour à l’hôtel se transforme en calvaire et il s’écroule à une centaine de mètres de l’arrivée. Pendant qu’Anais court à la chambre pour récupérer une seringue d’adrénaline, Nico utilise ses dernières forces pour monter à quatre pattes dans un hôtel. S’il doit perdre connaissance, autant que des personnes puissent le voir et appeler les secours. Anais arrive enfin avec la piqure. Les effets sont spectaculaires, à la manière d’une potion magique. Il marche ! Puis vomit rapidement dans les plantes devant l’hôtel.

    On termine notre boucle par Agra. Avant de visiter le Taj Mahal, fermé le vendredi puisque réservé aux musulmans, on fait un tour au fort.

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    On est un peu surpris par la taille de la partie touristique de la ville, qui accueille pourtant entre 2 et 4 millions de visiteurs par an. La vieille ville est minuscule, les rues sont en terre et boue dans le meilleur des cas. Bien souvent les odeurs laissent supposer qu’il n’y a pas encore de tout-à-l’égout.

    Le Taj Mahal ouvre ses portes au lever du jour et c’est vraiment à ce moment-là que la lumière est la plus belle. Le mausolée blanc mondialement connu fait partie d’un plus large ensemble en pierre ocre.

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    Retour en train sur Delhi à « l’indienne » : ambiance RER A vers 18h pour plus de 3 heures. On est plus de 24 personnes agglutinées dans un espace normalement prévu pour 8. Des vendeurs ambulants se faufilent sans cesse pour vendre des samosas, boissons, concombres, etc. (oui, vous avez bien lu « concombres »).

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    On a rendez-vous le lendemain midi chez Chandan pour récupérer nos vélos. On y partage le déjeuner et passons une bonne partie de l’après-midi à discuter.

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    Le soir, on se met sur nos 31 puisqu’on est invité à diner. En gros, on met un T-shirt propre ! On se rend chez Jean-Paul et Mary, rencontrés quelques semaines plus tôt à Cherrapunji. La soirée est très agréable et instructive. Nos hôtes nous font partager entre-autre quelques-unes de leur expérience et anecdotes au CICR (Comité International de la Croix Rouge). Côté cuisine, nos palais essaient de se réhabituer au vin rouge, fromage et chocolat…

    Le lendemain on traverse la vieille ville jusqu’à la gare routière pour se rendre à Daramsala dans les montagnes et fuir la canicule. La gare routière ressemble à un aéroport avec son grand hall, ses portiques de sécurité et ses scanners. On planque bien nos couteaux avant de passer les contrôles. Un fois sur les quais, l’ambiance « aéroport » est déjà très loin ! Au milieu des tonnes de bagages les gens patientent, assis ou allongés. Des vendeurs ambulants proposent ceintures, livres, éventails, paires de chaussettes, ect. On remarque un homme avec un accoutrement surprenant : tunique blanche, turban, longue barbe et surtout un gros poignard en bandoulière ! Dire qu’on se stressait pour rentrer avec nos petits couteaux !

    Après 12 heures de route sans pouvoir fermer l’œil, on débarque à Daramsala. Enfin presque. Il faudra encore grimper 400m avant d’atteindre la ville où le Dalaï Lama et son gouvernement en exil ont trouvé refuge. On y retrouve par hasard Seb et Clara, deux Montpelliérains d’adoption que l’on avait croisé un soir à Jaipur.

    Cette petite ville est calme et agréable. Les visages sont différents, quasiment tous tibétains. La quiétude du lieux et les sourires feraient presque oublier les horreurs que ces personnes ont dû subir chez eux et pendant leur fuite.

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    En descendant vers les plaines, la température se réchauffe jusqu’à se demander s’il y a encore une différence entre l’endroit où nous sommes et Delhi que nous avons fui !

    Après 2 jours de route de campagne nous atteignons Anandpur Sahib, haut lieu du Sikhisme. Il est toujours aussi délicat de rester en plein soleil. Cela fait des jours que le mot transpirer est largement dépassé. Il faut parler de « véritable fuite généralisée ».

    On apprécie vraiment l’endroit. En plus d’être beau, le site est calme et les personnes sont agréables. C’est encore une nouvelle communauté que nous découvrons.

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    Nous nous dirigeons vers le musée ultra-moderne qui jouxte les temples pour en apprendre un peu plus. On est rapidement déçu par le contenu focalisé sur la vie des « gurus ». On met un terme rapide à la séance de prosélytisme financée par l’état du Punjab et on reprend la route. On fait halte pour la nuit en bordure de l’Indira Ghandi canal à proximité de la maison d’un vieillard et de son petit chien. Quelle peut bien être l’histoire de cet homme à qui il manque la plupart des phalanges ? Nous ne le serons jamais. Ce dont on est sûr, c’est qu’il est inquiet pour sa maison puisqu’un énorme incendie continue de faire rage à quelques dizaines de mètres de là.

    Notre train de retour pour Delhi part de Chandigarh. Il s’agit d’une ville nouvelle construite par Le Corbusier. Les quartiers ont des numéros et s’appellent « sector 22 », « sector 31 », etc. L’ambiance dans la ville est à l’image des noms donnés à ses quartiers. C’est grand, vide et sans âme.

    Notre train fera son apparition au milieu de la nuit, plus de 3h après l’heure prévue. La bonne nouvelle c’est que Jean-Paul, Mary et leur deux filles (Savi Dunia et Tsiala) nous ont proposé de nous héberger quelques jours en attendant notre vol pour Nairobi.

    Pendant 3 jours on est reçu comme des rois et on partage la vie de la famille. Jean-Paul nous a même dégoté 2 cartons pour transporter nos vélos. Entre les préparatifs du vol et de la suite du voyage, on fait encore un peu de tourisme dans la ville et on découvre le temple Sikh de Delhi et notamment ses immenses cuisines qui servent des milliers de repas par jours gratuitement à tous ceux qui le désirent !

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    Après un dernier repas tous ensemble c’est le grand départ pour l’aéroport.

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    La tempête qui vient de passer a fait baisser la température mais a ravagé bon nombre d’arbres sur la route.

    Pas de supplément demandé lors de l’enregistrement alors que dans le même temps notre encombrement nous a permis de passer devant tout le monde. Tout se passe décidément très bien.

    En montant dans l’avion on a de cesse de repenser à tout ce que l’on a vécu pendant ces 7 mois en Asie et à nous demander ce que nous réserve l’Afrique.

4 Responsesso far.

  1. Thérèse dit :

    Anaïs a oublié de dire que dans les villes elle avait peur des vaches qu’elle trouvait agressives !

  2. DANET dit :

    Je suis votre parcours depuis le début de votre voyage, et je peux vous dire très sincèrement que je me suis régalé de lire vos articles et apprécié vos photos. Vous avez surement vécu des moments inoubliables, même si certains ont dû être difficiles. J’ai hâte de suivre votre second périple sur le continent Africain. Bonne route et continuez à me faire voyager dans vos récits.

  3. Valque dit :

    Et bien merci pour cette première partie de votre voyage car vous nous faites vivre vos expériences et vous nous permettez de mieux comprendre la réalité de certains pays.

    Nous vous souhaitons une suite toute aussi riche.

  4. LE GOAL Maryline dit :

    Merci pour ces fantastiques images d’un autre monde !
    La lumière blanche des ciels nous laisse présumer de la chaleur.
    Très bonne Afrique, bises, Maryline

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