• Kenya

    Les vélos arrivent ! Et les cartons ont l’air en bon état en plus. On charge tout sur 2 chariots et on se dirige vers la sortie de l’aéroport.

    Le passage « nothing to declare » n’est qu’ornemental puisque tout le monde se fait fouiller. Le douanier prend nos passeports et nous demande ce que nous transportons. Il nous interroge ensuite sur le prix des vélos. « ils sont chers, il faut les assurer », nous dit-il. Et miracle ! Vous nous croyez ou non, mais il peut le faire ici et maintenant. Moyennant 1% de la valeur de chaque vélo.

    Ayant flairé la tournure de l’affaire, on s’assoit et on attend la suite. Il est de retour au bout de quelques minutes. Le risque de vol n’est finalement plus aussi élevé, puisque c’est désormais une question fiscale. Il nous explique en souriant qu’il n’a pas la garantie que nous ne sommes pas venus au Kenya dans le but de vendre nos vélos. Il faudrait donc nous acquitter d’une taxe d’importation. On le regarde en souriant et on se demande ce que nous réserve la suite.

    Il est de retour souriant et confiant puisqu’il nous a obtenu en discutant avec son chef une ristourne et la taxe ne s’élèverait qu’à 6 dollars par vélo. Comme on a commencé à grignoter on lui propose un peu de notre casse-croute, sans changer notre attitude. Nouvelle et dernière approche pour nous annoncer, toujours avec le sourire, que tout est ok et qu’on peut y aller. Mais si on peut lui laisser un peu de notre pain afghan avant de partir il n’est pas contre…

    On ne pensait pas être confronter à une tentative de corruption dès l’arrivée, à l’aéroport international de la capitale ! Mais le fonctionnaire était sympa, ça s’est bien terminé, du coup c’est une expérience utile pour la suite.

    On s’attèle au remontage des vélos juste en sortant du bâtiment. Les gens sont souriants, amusés et curieux. Lorsqu’on leur répond que l’on va à Cap Town, ils n’en croient pas leurs oreilles.

    Les militaires et gardiens chargés de la sécurité sont nombreux et tous équipés d’AK-47.

    Après un peu plus de 2h de bricolage, on donne les premiers coups de pédales. La température est idéale, quelques nuages dans un ciel, petite brise. Il est 17h. On s’arrête net après 150m. Anais dit qu’elle voit des zèbres. Nico assure que ce sont des girafes. C’est bien 2 groupes d’animaux que l’on aperçoit à 200m de là. Ça commence bien !

    Les gens roulent super vite ici, c’est assez effrayant. On serre les fesses et on essaie de ne pas trainer. On doit se rendre chez Cyprine, une warmshower qui a accepté de nous héberger. Elle habite un peu après le centre-ville de Nairobi et on va mettre pas loin de 2h de voie rapide et de bouchons pour arriver chez elle.

    On partage le repas éthiopien qu’elle nous avait préparé et on part s’écraser lourdement sur le lit.

    Le lendemain matin, Anais a un rendez-vous avec la directrice de BHESP, une association d’aide aux travailleurs du sexe, qui œuvre à la prévention du VIH et à la protection des droits humains. On passera la journée avec différents acteurs de l’association, dans des réunions de prévention, des rencontres, et à leur clinique. De belles initiatives, des injustices, de la misère, du courage, de l’espoir. Une belle leçon. (voir l’article correspondant ici: https://sewahp.wordpress.com/2016/06/29/bhesp-kenya/)

    Après une nouvelle grosse nuit (décidément), on démarre notre boucle au nord de Nairobi. Cyprine nous accompagne sur les premiers kilomètres et on continue de grimper seuls le long du rift.

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    Puis c’est le premier babouin. Nico est surpris par la grosse bestiole, dissimulée dans les herbes, qu’il frôle avec son vélo. On en verra ensuite toute l’après-midi le long de la route.

    Le paysage est impressionnant.

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    Pour notre première nuit en bivouac on n’ose pas poser la tente dans le bush. Au pied du volcan Longonot, on demande à des villageois si l’on peut s’installer sur l’herbe près des maisons.

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    Pour la tranquillité on repassera : deux blancs à vélos qui vont dormir en tente c’est un spectacle à ne pas manquer, et une vingtaine d’enfants s’agglutinent autour de nous pour nous observer.

    On est posé depuis 1 heure, sans avoir perdu du reste un seul spectateur, quand un jeune voisin vient nous voir et nous dit que l’endroit n’est pas très sûr à cause des buffles sauvages qui peuvent venir le soir pour brouter. Il faut déménager pour s’installer dans son jardin.

    La maison est située dans un grand champ de maïs et d’autres légumes. Le père et les ancêtres sont enterrés dans le jardin. Il n’y a pas d’électricité et on ne sait pas trop où ils vont chercher leur eau.

    Au petit matin, notre hôte nous dit au revoir puis part pour l’école. Il y aurait classe de 7h à 17h si on a bien compris.

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    Après un petit-déjeuner sur une colline qui domine le lac Naivasha, on nous invite à prendre un chemin qui mène aux rives du lac. C’est le seul accès public des environs, le reste des rives étant clôturé par des hôtels, « campings », et autres réserves privées. Les 500m de piste débouchent sur une clairière un peu boueuse, où s’activent pécheurs, acheteurs, vendeuses, cuisinières, et gros oiseaux charognards connus sous le nom de marabu. On y déjeune d’un poisson frit et d’épinards amers et on distribue les restes du poisson aux volatiles.

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    On entre dans le vif du sujet à peine après avoir quitté la plage : girafes, gnous, zèbres, antilopes. Il y en a décidément partout le long de la route.

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    C’est dans un école que nous posons nos valises pour la nuit. Nous avons droit à une petite dégustation dans la « bakery » tandis que le directeur de l’établissement nous fait la visite des lieux. Nous convenons avec lui de faire une présentation de notre voyage à ses élèves le lendemain.

    A 8h, une soixantaine d’enfants de tous âges nous observent et attendent notre récit. Avec des anecdotes et des stéréotypes, on essaie de faire passer des messages, notamment que ce qui peut paraitre « normal » ou « logique » pour certaines personnes peut ne pas l’être forcément pour les autres. On prend les exemples des métiers masculins/féminins, des signes de la main, qui diffèrent selon les pays. Difficile d’aborder d’autres thèmes plus complexes avec un public composé d’adultes, d’enfants et d’adolescents et un niveau d’anglais tout aussi large.

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    Le village adjacent à l’école est déjà bien réveillé lorsqu’on y passe. C’est une de ces petites villes classiques , traversée par une route asphaltée avec de larges bas-côtés en terre occupés par des étals de légumes, fruits, accessoires de cuisines, pièces automobiles, tongues, ceintures, ect. Les enseignes de marques de ciments, de peintures, ou encore de boissons, sont directement peints sur les façades des maisons.

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    On quitte la route principale en espérant apercevoir autant d’animaux que la veille.

    Collines verdoyantes, petits villages, mais finalement plus d’habitants souriants que de zèbres effrayés.

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    On atteint la ville de Nyahururu en fin de journée, et on se met en quête d’un endroit pour dormir. On apprend qu’il y a un camping près de la cascade. L’accès à la cascade s’avère payant et le montant exorbitant, pour les touristes étrangers en tout cas. Pas de cascade donc. On n’est pas beaucoup plus chanceux avec le camping, qui se trouve dans le jardin d’un lodge. Le réceptionniste nous demande 30 dollars… Avec tout ça il se fait tard, et nous ne savons toujours pas où nous allons dormir. On fait encore quelques kilomètres et on prend un petit chemin qui descend vers des maisons.

    On demande à des jeunes si on peut poser la tente sur le terrain herbeux qui nous fait envie un peu en contrebas. Ils débattent puis disent oui. On s’installe devant nos spectateurs qui, à force de se rapprocher, viennent nous parler. On a même droit à une démonstration de karaté. Le débat s’installe entre eux pour déterminer si l’endroit est risqué à cause des hippopotames. Certains disent qu’ils viennent ici presque tous les soirs. D’autres assurent que la vue de vélos les feront partir, puisque « l’hippo est très peureux ». Un adulte qui traverse la pelouse nous lance : « you want to sleep here ? Then you’ll enjoy the hippos’ night life ».

    Comme de notre côté, notre seule expérience des hippos se limite à quelques documentaires diffusés sur Arte, on ne sait plus trop quoi penser. Mais comme il fait trop nuit pour espérer trouver un couchage décent, on décide de tenter le coup. Moins d’une demie heure après le départ des derniers curieux, un petit bonhomme d’à peine 10 ans vient nous proposer de planter la tente dans son jardin. Son père finit par nous convaincre et on replante la tente 600m plus bas. La mère nous assure que les hippos sortent de la rivière qui jouxte la maison et remontent les ruelles non éclairées (évidement) du village pour aller brouter la nuit tombée. Elle a presque des frissons en parlant. La brume envahit petit à petit le village et imaginer croiser un animal de plus de 3 tonnes en rentrant chez soi a en effet de quoi faire peur. D’autant que l’animal en question est responsable d’au moins 500 morts chaque année en Afrique.

    Au matin, on rebrousse chemin sur les conseils de nos hôtes pour nous rendre à « l’hippo pool », où la rivière s’élargit et forme un bassin marécageux, situé dans un village tout proche. Les gros mammifères sont là. Un groupe d’une douzaine d’individus à moins de 20 mètres et d’autres éparpillés dans le bassin. On n’est pas les seuls à les observer. On est surpris de constater cette proximité immédiate entre ces énormes animaux sauvages et le village. Ses habitants semblent toujours aussi fascinés par la bête, quel que soit leur âge.

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    La route monte et descend sans discontinuer et c’est rapidement éprouvant.

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    Après une dernière montée interminable et rectiligne, on fait une halte dans un petit restaurant. Anais découvre l’ugali, une espèce de polenta blanchâtre, peu d’odeur et encore moins de goût. On apprend que c’est la base de l’alimentation de nombreuses personnes au Kenya mais pas seulement. Nico a opté pour le « Rice Stew » où le riz remplace l’ugali de « l’ugali stew » d’Anais. Et le « stew » s’apparente à un ragout. Ce serait du mouton aujourd’hui.

    On trouve un beau terrain de bivouac le soir sur un plateau. La lumière est superbe mais on a perdu le mont Kenya dernière les nuages lointains.

    On repart pour une journée tout aussi vallonnée que la veille avec décidément moins d’animaux sauvages dans ce coin là qu’au début de la boucle. On aperçoit toujours le mont Kenya et ses 5199m. Et même s’il nous domine de plus de 3500m, vu d’ici, il n’est pas très impressionnant. On dirait un téton perché sur un volcan très évasé. Et depuis 3 jours qu’on peut l’observer, il disparait systématiquement dans le milieu de la matinée derrière d’épais nuages.

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    L’attraction de la journée c’est le passage de l’équateur, ou plus précisément la petite expérience qui va avec. A l’aide d’un entonnoir et d’un bol d’eau un homme nous montre comment l’eau s’écoule dans des sens opposés selon si l’on se trouve au nord ou au sud de l’équateur. Ce n’est pas que la révélation nous surprenne, mais plutôt le fait que le phénomène s’inverse en quelques mètres. On observe aussi que l’eau s’écoule sans tourner lorsque l’on se tient pile sur l’équateur.

    On a dû mal à trouver un endroit pour dormir ce soir. On aimerait juste pouvoir être tout seul, sans avoir l’impression de jouer le « souper du roi et de la reine » puis le « coucher du roi et de la reine ». Observés sans cesse, peu importe ce que l’on fait : des gens peuvent s’assoir et nous regarder manger une orange en bord de route ou rester debout et nous regarder faire une sieste.

    En poursuivant un chemin terreux on tombe sur un petit bout de pelouse. Douglas, puisque c’est le nom du propriétaire, accepte que nous y installions notre tente. Il est fier de nous faire la visite de son champ/jardin/potager et nous explique que sa dernière et troisième maison est bientôt terminée. Les trois bâtisses sont espacées de quelques mètres seulement. Plutôt que d’agrandir la maison existante, on préfère en construire une nouvelle qui jouxte l’ancienne. Douglas est sympathique mais il a un problème avec l’alcool. Alors qu’on est bien installé et qu’on a commencé à cuisiner, il nous demande de lui offrir un coup à boire. Délicat de refuser. Nico se charge de l’accompagner jusqu’au bar, furieux de s’être laisser embarquer dans ce plan foireux. Le bar est un endroit assez glauque. Une caissière est derrière un comptoir protégée par des grilles et fait passer les bouteilles entre les barreaux. Douglas enfile sa bière en moins de 10 secondes et repart avec une mauvaise bouteille de gin. Sur le chemin du retour, Nico ne décolère pas. Douglas s’excuse lamentablement : il est déjà bourré.

    La route perd de son intérêt au fur et à mesure des kilomètres mais reste toujours aussi vallonnée. On est accueilli en fin de journée dans une école pour garçons, en pension exclusivement. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur la vie des Kenyans en discutant avec les professeurs. Majorité et opposition sont en fait des coalitions de petits groupes politiques qui représentent souvent des ethnies. Si des zones comme les grandes agglomérations sont cosmopolites, le brassage est moins clair dans les régions plus éloignées. Le « une région, une tribu » n’aide pas à changer la manière de concevoir la politique.

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    Nos amis professeurs nous dévoilent aussi les petits arrangements opérés à l’hôpital public. Les médicaments qui devraient être gratuits à la pharmacie de l’hôpital sont généralement en rupture de stock mais miraculeusement disponibles à la pharmacie privée du coin.

    Nous entrons dans la banlieue de Nairobi un jour de fête nationale. On ne nous l’avait pas recommandé en raison d’une manifestation qui doit avoir lieu aujourd’hui, organisée par l’opposition à un an de l’élection présidentielle. On fait un large détour pour éviter le centre, et on longe le Nairobi National Park pour arriver chez Francis, un warmshower.

    Francis vit avec sa femme, ses 5 enfants, une grande télévision et chacun un smartphone qu’ils ne quittent que rarement des yeux, et pour ainsi dire jamais de la main. Assis dans le salon, fatigués par près de 100 bornes de vélos et pas vraiment emballés par le programme télévisé, on a hâte de se coucher. Anaïs partagera un lit avec les 3 filles qui occupent une chambre. Nico couchera dans le salon avec le fils ainé et la télé.

    Quand on arrive à échanger un peu avec eux on sent que la télé poubelle qu’ils ingurgitent toute la journée a un effet important sur leur perception du monde. Constat triste et inquiétant.

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    Reprendre la route est un vrai bol d’air. On découvre le matatu, ou le tuning de bus. Jantes démesurées, moteur trafiqué, wifi, télévision, sono à donf’, un bruit de voiture de rallye, et des conducteurs qui vont avec. C’est plus cher que le transport public mais on a la garantie d’arriver plus vite au centre-ville parait-il (mais il faut aimer/supporter l’ambiance night club dès le matin). Et pour les avoir vu rouler, on en est convaincu.

    On entre peu à peu dans le territoire des Maasaïs, peuple semi-nomade, célèbre par chez nous puisqu’ils ont/essaient de conserver un mode de vie traditionnel.

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    Le camping à l’école ayant toujours bien fonctionné jusque-là, on se présente devant un portail dans lequel s’engouffrent des jeunes en uniforme d’écolier. Il s’agit en fait d’une mission catholique et le responsable sud-coréen semble contrarié de nous laisser dormir dans le jardin. Il insiste pour nous faire dormir dans une chambre d’amis. Nous le suivons, et découvrons une partie de sa maison : la terrasse et une piscine couverte donne sur un très grand salon. La chambre d’amis dispose de 4 lits, dressing et salle de bain. On ne compte pas les canapés dans le salon. Notre missionnaire est un homme qui sait vivre !

    Quelques minutes plus tard, notre hôte nous demande si l’on connait la nourriture coréenne….

    Nous profitons de ce confort inespéré et après une grosse journée de vélo, nous arrivons en fin d’après-midi à Namanga, véritable ville-frontière puisque cette dernière coupe effectivement la ville en deux.

    Nous pensions trouver des bâtiments et supermarchés, mais sauf pour les quelques maisons du centre, il ne s’agit que d’une succession de cabanes. Trouver un bivouac impliquerait de rebrousser chemin sur une trop longue distance alors on décide d’aller nous présenter au poste de police.

    Pas de soucis, on peut y planter la tente. Pour éviter des petites herbes piquantes on a dû se rapprocher de l’allée sans soupçonner qu’il puisse y avoir une telle activité la nuit dans un petit poste de police. On entend les motos de tellement près qu’on a l’impression qu’elles passent par la tente !

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6 Responsesso far.

  1. Valque dit :

    Périple toujours aussi riche, courage à vous deux.

  2. Dam et lise dit :

    Trop bien, ça donne envi de suivre vos trace

  3. Thérèse dit :

    Fêter ses 30 ans en Afrique dans de telles conditions , ce n’est pas rien ! Très bon anniversaire Anaïs.

  4. LE GOAL Maryline dit :

    Bravo, récits de plus en plus passionnants.
    Mais j’ai eu peur au début. Quand Anaïs voit des zèbres alors que ce sont des girafes pour Nico, j’ai cru voir les éléphants roses arriver !!
    Grosses bises, et bon courage,
    Maryline

  5. Marinou dit :

    Trop drôle de « découvrir « la cuisine coréenne en Afrique!! 😀
    Continuez bien votre périple, ici on pense fort à vous!!
    Des bisous!!

  6. Marinou dit :

    Trop drôle de « découvrir « la cuisine coréenne en Afrique!! 😀
    Continuez bien votre périple, ici on pense fort à vous!!
    Des bisous!!

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