• Xinjiang

    Xinjiang

     

    Le 2 novembre, après les 140km de taxi obligatoire et 45 minutes à attendre sur un parking, nous arrivons à un nouveau poste de contrôle grand comme un aéroport. Nos passeports sont confiés aux militaires et nous sommes appelés un par un pour faire tamponner nos passeports et passer à la douane.

    On sort enfin de ces procédures à 17h30, heure de Pékin (ou heure officielle) : c’est 2h de plus que l’heure Kirghize. Dans la région on utilise officieusement l’heure Kirghize, car plus logique (sinon il ne fait jour qu’à 10h du matin).

    Après 40 km en vélo sur l’autoroute (neuve avec très peu de trafic), le vent dans le dos, on arrive à une petite ville fréquentée par des routiers. On fait notre premier repas en Chine dans un petit resto très bon (où on a du mal à se faire comprendre), puis on demande à camper dans leur cour. Un serveur nous propose de prendre une douche. Super ! D’autant que la précédente remonte à 5 jours, et que l’eau est chaude !

    Le lendemain, après 60 km à rouler sur l’autoroute et être passé devant 2 énormes usines (la région est riche en minéraux et pétrole) nous arrivons à Kashgar en début d’après-midi.

    Le dépaysement est grand : beaucoup de monde, tout type de véhicules sur la route : belles voitures, triporteurs surchargés, des piétons, énormément de 2 roues (on n’en a vu aucun au Kirghizistan), dans le bon sens, et en contre-sens sur la 4 voies.

    Dans la ville, il y a des voies réservées aux 2 roues.

    On demande notre chemin pour trouver l’auberge de jeunesse que nous avait indiqué une chinoise qui nous avait aidé à la frontière. Et après près d’une heure à tourner en rond à cause d’indications contradictoires que l’on nous fournit, nous finissons par trouver.

    Le centre-ville de Kashgar, ou vieille ville, est incroyable. On ne s’attendait pas du tout à cela. C’est une architecture Ouigour, le centre est piéton et accessible seulement aux scooteurs/triporteurs électriques. Pas de pollution et silencieux. On comprend vite que celui de devant à tous les droits et celui qui suit doit faire attention. Les traversées de carrefours sont assez « intéressantes ».

     

     

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    Nous passons 2 jours à flâner dans ces rues d’un autre temps. Chaque rue est dédiée en majorité à un corps de métier : chapeliers, menuisiers, joailliers, mécano, chausseurs, bouchers, boulangers…

    Aux heures des repas, les odeurs de grillades (kébab) et de pains envahissent les rues.

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    Nous visitons également le bazar du dimanche, un carrefour majeur de la route de la soie. On échangeait alors les chameaux contre les yacks pour continuer la route (selon si l’on doit encore traverser le désert chinois ou au contraire les montagnes d’Asie centrale)

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    Nous n’avons pas pu visiter ce bazar le dimanche et avons par conséquent manqué le marché aux animaux. On fait le plein de fruits secs. Les figues et raisins sont excellents. Un des types de noix semble caramélisé naturellement.

    Au niveau culinaire, beaucoup de choix, de la nourriture plutôt d’Asie centrale (kebab, samsa…) et chinoise orientale (pate aux légumes marinés, pas mal épicées pour nos palais et estomacs européens…). Il y a également plein de fruits très bons, d’énormes melons, pastèques, raisins, pommes, grenades, bananes…

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    Petite anecdote : les chinois crachent à tout va, mais lorsqu’Anaïs se mouche, ils la regardent avec un air de dégout !

    Nous rencontrons un couple de cyclistes français (Claire et Fabrice) qui suit à peu près le même trajet que nous. On échange des infos et ils nous indiquent le bon endroit pour acheter nos billets de train. On les recroisera peut-être plus loin.

    Le soir nous mangeons au marché de nuit, où nous tentons plusieurs plats (crêpes sucrées à la viande, omelette en bâton, poisson frit, riz aux légumes). Et si vous vous posez la question, « gastriquement » tout va bien.

    Le 5 novembre nous prenons le train couchette pour 22h de trajet jusqu’à Turpan.

    Une bonne galère pour trouver la gare. Il nous aura bien fallu 1h30 pour y parvenir depuis le centre-ville. Nous laissons nos vélos et la plupart de nos sacoches au service des bagages encombrants (même logique que les bagages en soute à l’aéroport). On nous demande un supplément de 250 Yuans (à peu près la même chose que pour nos places).

    Puis nous passons 2 contrôles. Au  2eme contrôle, la sécurité trouve le couteau d’Anaïs dans son sac (mais pas celui de Nico). Après un peu de négociation, Anaïs peut emporter son couteau (qu’ils ont scotché) en promettant de ne pas l’utiliser dans le train.

    La sécurité en Chine semble se résumer à cette anecdote. Ils disposent de portiques dernier cri, de scanner mais ne les utilisent pas vraiment bien. Nous passons des portiques avec nos vélos. Evidement ils se mettent à sonner.  Le policier nous fait, comme aux autres, une rapide fouille au corps et on passe.

    Si nos excédents bagages ont été scannés, Nico a rajouté un sac ensuite qui lui n’est pas passé au scanner…

    Le quai est immense. Des wagons à perte de vue. On monte dans notre voiture en « hard-sleep ». Une voiture avec 3 couchettes superposées par bloc de 6.

    On retrouve Alex, un russe que l’on avait croisé à l’auberge à Kashgar. Nous partageons le même compartiment. Dès le démarrage du train les passagers commencent à manger….et à fumer (entre les wagons). L’odeur de la clope restera tout le trajet.

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    Dans la soirée, Nico se fait réprimander par un contrôleur car il tape sur l’ordi. Assez incompréhensible surtout vu l’animation dans le train à ce moment-là.

    Echanges d’anecdotes de voyages avec Alex puis couché vers minuit.

    A 3h du mat, on est réveillé par les cris d’une femme. On comprend rapidement qu’elle est en train d’accoucher… sur la banquette à côté de la nôtre ! Les contrôleurs semblent dépassés, ils parlent très fort, passent des appels radio, remplissent des formulaires et gesticulent beaucoup mais ne semblent pas très efficaces ! Heureusement que deux vieilles femmes arrivent pour gérer la situation… avec un ciseau et du papier toilette ! Quelque temps plus tard, on voit le bébé qui a l’air de se porter bien. Le train s’arrête à la station suivante où une ambulance y attend la maman et son nouveau-né.

    On finit la nuit plus tranquillement.

    A l’arrivée, on récupère nos vélos et on effectue les environ 40 km qui séparent la gare de la ville ! On continue dans notre lancée, et traverse Turpan direction l’Est. Après encore 25 bornes avant que la nuit tombe et on bifurque sur un terrain vague entouré de champs de coton pour planter notre tente.

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    Le lendemain, on récupère l’autoroute (heureusement que les bandes d’arrêt d’urgence sont larges), et nous passons devant les monts flamboyants (qui n’ont de flamboyant que le nom vu la brume qu’il y a) pour nous rendre à Tuyok . La route traverse un canyon magnifique avec des montagnes rougeâtres de chaque côté. Au fond du canyon, des vestiges bouddhistes (la région était bouddhiste avant de devenir musulmane). Tuyok nous semble très petit, et sans grand intérêt. A se demander si on n’a pas loupé un truc !

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    On reprend la route pour Turpan et arrivons à la tombée de la nuit après être repassés devant les monts flamboyants. Face au soleil de 16h ils ont l’air bien plus flamboyants que le matin !

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    Sur le trajet nous voyons beaucoup de pompes d’extraction de pétrole, et des vignes. Sur le bord de la route il y a beaucoup de vente de raisin sec. Et comme d’habitude les vendeurs se concentrent tous au même endroit. Rien pendant des kilomètres et d’un seul coup, 10 stands qui vendent la même chose.

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    Au total 95km et 400m de dénivelé dans la journée.

    A Turpan, nous essayons de trouver une auberge de jeunesse, sans succès (très compliqué de se faire comprendre). Nous nous rabattons donc sur les hôtels, mais ce n’est pas mieux ! On comprend que comme on est étranger, on ne peut pas aller à n’importe quel hôtel. On va donc au seul hôtel où l’on nous ait accepté (240 yuans la nuit). On rentre dans une super chambre que l’on n’estime pas avoir mérité ! Après une bonne douche chaude (la précédente ne remontait qu’à 3 jours…), nous allons manger au marché de nuit un espèce de potage : pas fou.

    La ville ne nous enchante pas : Il y a des quartiers immenses, neufs, qui attendent d’être habités, et la vieille ville n’a rien de charmant. Dans la rue nous croisons des personnes qui marchent à reculons dans la grande artère piétonne, à toute heure de la journée. Cela a l’air d’être leur manière de faire du sport. On croise aussi des « sportifs » en survet qui font de la marche rapide avec des mouvements de bras étranges. Vers 21h, on tombe sur un groupe d’une centaine de personnes qui semblent danser. Le lieu ne se prête pourtant pas vraiment au Feng shui. Nous sommes à côté d’un carrefour, devant le siège d’une grande entreprise.

    Apres une super nuit dans notre palace, c’est parti pour une journée loose !

    On essaye de demander à l’accueil où est-ce qu’on peut acheter des billets de train. L’hôtesse ne parle pas un mot d’anglais (super pour un hôtel classe destiné à accueillir les étrangers !). Un client qui parle 2 mots d’anglais nous indique après quelques minutes de pseudo-discussion qu’il faut aller à la gare : impossible de les acheter en ville ( on imagine qu’il nous dit ça pour qu’on lui lâche la grappe). On roule donc 15 km de faux plat pour se rendre à la gare de Turpan North (une autre gare que celle à laquelle on est arrivés) qui se trouve dans un endroit désert. Tout est en construction (à en croire les maquettes sur les travaux, on croirait qu’ils veulent construire un espèce de Las Vegas).

    Il s’agit d’une gare de train style TGV, après 2 fouilles au corps, Anaïs atteint la billetterie qui lui indique qu’il est impossible de mettre les vélos dans ce type de train (c’est en tout cas ce qu’Anaïs semble comprendre).

    Pour oublier cet échec, on décide d’aller visiter la seule chose intéressante de la ville de Turpan : Jiaohe. C’est très décevant : il s’agit d’un ancien village ouïgour, complètement reconstitué. Traduction, c’est neuf, vide et ça fait faux.

    De retour dans la ville on se met en quête de trouver comment acheter des billets de train (pour la gare de « trains lents », celle par laquelle on est arrivé, à 40 km de Turpan ). Heureusement, nous croisons la femme du propriétaire de la seule auberge de jeunesse de la ville, qui nous indique où se trouve l’auberge et où acheter nos billets de trains (on était passé au moins 3 fois devant la boutique sans découvrir ce que c’était !) Nos billets en poche (même si la partie vélo, n’est pas résolue), nous allons à l’auberge de jeunesse.

    Alors qu’on est en train d’écrire cet article, un mec qui travaille à l’auberge nous dit qu’il n’est pas possible de prendre les vélos dans le train, même s’il s’agit d’un train lent. Il faut prendre le bus : 1 bus jusqu’à Hami et un autre jusqu’à Dunhuang. Mauvaise nouvelle. D’autant qu’il y a peu d’espoir de se faire rembourser les billets de trains. Confirmation le lendemain matin à la boutique : remboursement possible uniquement au guichet de la gare.

    Direction la gare routière. On prend nos billets pour Hami. On nous demande un supplément pour les vélos. 10h30, c’est parti pour 6h de bus. 300km environ. De lignes droites. De désert. Pylônes électriques et éoliennes se succèdent. Il n’y a que ça. On distingue des sommets enneigés au loin. C’est tout. C’est long.

    L’animation (le mot est fort) vient de la route. L’on croise des supers-camions qui transportent de nombreuses voitures : Une série en bas, et 2 en largeurs sur la partie haute.

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    L’animation à l’intérieur du bus c’est le bruit des chinois : rots, reniflements puis crachats dans des poubelles disposées tout au long du couloir. On s’habitue à force mais certain(e)s sont capables de surprendre !

    On passera plusieurs contrôles de police. 2 fois nous aurons à montrer notre passeport. Les Chinois présentent leur carte d’identité à puce. S’il sont usagers de drogue, par exemple, cela s’affiche sur le boitier du policier.

    Petite pause toutes les 2 heures environ. L’occasion pour Nico de découvrir les « vraies toilettes chinoises » sur une aire d’autoroute. Un bac pour uriner en rentrant au-dessus duquel pend un robinet pour se rincer les mains. Des cloisons basses compartimentent des espaces où les gens se baissent pour faire leurs petites affaires. Une odeur d’ammoniaque prend la gorge dès l’entrée. La photo rend tout commentaire superflu. La version féminine diffère uniquement par l’absence d’urinoir.

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    Arrivés à Hami nous avions trois objectifs. Acheter des billets pour Dunhang le plus tôt possible. Trouver de quoi manger. Repérer un endroit pour dormir. Ca commence mal puisque les bus du lendemain pour Dunhang sont complets. Pas vraiment envie de s’éterniser ici alors on laisse tomber Dunhang et irons donc direct à Jiayuguan. On essaie de sortir de la ville. C’est interminable. On finit par trouver du pain et on sort enfin des zones habitées à la tombée de la nuit. On plante la tente dans un terrain vague, en face de barres d’immeubles neuves et vides.

    Nuit fraiche. -2,5°C dans la tente au réveil. C’est bien givré. Il fait encore nuit lorsque l’on est prêt à partir. Le rendez-vous est à 8h30 à la gare. On a du mal à se réchauffer.

    Cette fois ci on ne s’embête même plus avec les scanners. On rentre dans la gare sans déposer nos sacoches sur le tapis. On ne nous dit rien.

    La bonne nouvelle c’est que nous n’avions pas eu à payer de suppléments pour nos vélos cette fois-ci (mystère). La moins bonne c’est que le bus est arrivé avec les soutes au ¾ pleines, pour à peine 10 passagers ! A la vue de nos vélos, le chauffeur nous fait comprendre que cela ne va pas être possible. Anais explose et répond en français au chauffeur qui nous parle chinois de plus en plus fort. De son côté Nico essaie de glisser les vélos dans la soute. Celui d’Anais est rentré. Pour le sien c’est plus compliqué. Mais au moins on a un pied dans le bus cette fois ! Le chauffeur refuse de mettre le vélo dans l’habitacle. Cela fait bien 10 minutes que tout le monde s’agite. Il est finalement décidé d’enlever des cartons de la soute pour y mettre le vélo. Les cartons iront eux avec les passagers. Petite partie de Tétris et ça y est !

    Le manège des 2 chauffeurs est assez étrange. Ils s’arrêtent le long de la route pour prendre certaines personnes qui montent par la porte arrière (non visible des caméras du bus). L’arrière du bus est plein de cartons. Vers la fin du parcours les cartons de marchandise seront déchargés sur une aire d’autoroute.

    Le décor est sensiblement le même que la veille. Les champs d’éoliennes sont toutefois plus nombreux. Sur un même bloc on en compte 900 ! On ne sait même pas combien d’espace de ce type nous avons traversé.

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    On est jeté à Jiayuguan vers 17h. La première impression est plutôt bonne. On a quitté la région du Xinjiang et découvrons maintenant le Gansu.

     

    Merci à Brice d’avoir publié cet article pour nous (nos amis les chinois ne nous laissent pas avoir accès à WordPress…)

13 Responsesso far.

  1. Lorraine dit :

    Ça fait plaisir de vous lire les amis. Vos journées de loose ne ressemblent pas aux miennes, du coup je relativise!

    Des bises admiratives !

    Lorraine + JB

  2. Valque dit :

    Bonjour à vous deux.

    Merci pour les photos et le déroulé de votre périple.vous allez revenir presque multilinguismes!!! En tout cas vous découvrez chaque jours des choses surprenantes ce qui fait l’intérêt de ce beau voyage. Profitez au maximum

    Dominique

  3. Laetitia dit :

    En lisant je m’imaginais la scène d’engueulade franco-chinoise avec a l’arriere plan un nico essayant de faxer deux vélos dans la soute…vite vite une nouvelle aventure !!

  4. Michel Jodar dit :

    Bonjour à vous,

    Toujours de tres belles photos, des commentaires dignes de grands reporters… merci pour nos … aventures virtuelles que vous nous faites découvrir.

    Michel

  5. Alexis dit :

    Top top ces nouvelles. 🙂

  6. céline dit :

    C’est un plaisir de vous lire. Belle épopée et vive l’aventure !

  7. Soizic dit :

    Salut,

    ça fait plaisir de lire de vos nouvelles. C’est la grande aventure !!! Ipergay et JMM vont bien et je me rejouis à l’idée qu’un bracelet Ipergay se promène au Kirghisistan !!!
    A bientôt
    Soizic

  8. Marlène dit :

    Contente de suivre vos aventures !!! Prenez soin de vous !!!
    A très vite pour plus de nouvelles :)!!

  9. Véronique dit :

    Encore sous le choc des horreurs qui ont endeuillé Paris. Et justement, merci pour ces récits et ces images de liberté et de rencontres avec d’autres cultures.

  10. Cathy Lebret dit :

    Impatiente de lire le prochain épisode des deux intrépides que vous êtes. Merci de nous faire partager votre belle aventure.
    Incroyable, entre autres, le passage du bébé né dans le train.
    Qu’est ce que vous nous réserver pour la suite ?!

  11. Mounia dit :

    Que d’aventures! Mon passage préféré : « Anais explose et répond en français au chauffeur … Petite partie de Tétris et ça y est ! »
    Enjoy !

  12. philippe dit :

    Bonne fête Nicolas même si c’est déjà demain en Chine.
    Bises à vous deux bon courage pour affronter le froid.

  13. Alice dit :

    Salut les sportifs,
    Canon d’avoir de vos nouvelles! et tellement dingue de lire tout ça…
    La prochaine fois je compte sur vous pour faire accoucher la future madré 🙂

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