• Gansu

    Péage de Jiayuguan. On bricole les vélos à la sortie de l’autoroute où le bus vient de nous laisser. On avait dû baisser la selle, positionner le guidon dans l’axe du cadre pour gagner de la place et parvenir à les mettre en soute.

    On remonte l’axe principal à la recherche d’un hébergement. Peut-être en raison du changement de province, nous avons quitté le Xinjiang pour le Gansu, on sent une réelle différence entre cette ville et les précédentes. Plus calme, plus riche, les visages sont différents, l’architecture également. Ce n’est pas la même ambiance dans la rue. La nourriture que l’on y voit est différente. Plus de pain chaud ni de kebab, mais des pâtes ou des brochettes dont la composition nous échappe (nous n’avons pas encore essayé).

    Pour le diner ce sera un plat de légumes inconnus et un autre de pommes de terre (on pense), oignons et porc. Le dernier plat est servi avec un système de chauffe-plat.

    Depuis quelques temps, dans les restaurants, les assiettes et couverts (enfin petite assiette, mini bol, mini verre, et cuillère) sont emballés dans du plastique. Une entreprise spéciale vient récupérer la vaisselle sale et rapporte la propre sous plastique. Les équipes des restaurants ne paraissaient pas débordées par le travail non plus. Ce soir-là, nous avions choisi notre restaurant car il y avait plein de personnes locales attablées. Il s’est avéré qu’il ne s’agissait que du staff. Nous étions les seuls clients.

    Nous trouvons un hôtel aussi peu cher qu’une auberge de jeunesse (et qui nous accepte !). Réveil un peu compliqué pour Anais. Une toux contractée il y a plus d’une semaine persiste et s’empire. Un peu fiévreuse on traverse la ville pour rejoindre le château de Jiayuguan. Il s’agit d’une forteresse qui permettait le contrôle de voyageurs et la protection des frontières. Le site est idéal puisqu’il fait face à l’unique passage entre de hautes montagnes.

     

    photo 1

    Photo 2

     

    C’est aussi le point le plus occidental de la grande muraille de chine. Il en reste plusieurs parties encore debout. On rejoint la muraille après une dizaine de kilomètres et après avoir longé une des 2 centrales nucléaires de la ville. Elles sont collées et quasi complément intégrées dans la zone urbaine.

    Ce tronçon de la muraille s’élève dans la montagne en suivant les lignes de crête. La hauteur varie en fonction du terrain. Plus le sol est plat, plus la muraille est haute. Si bien que dans les montagnes, la hauteur du mur peut-être inférieure à celle d’un homme.

     

    photo 3

     

    Un peu en amont, on repère un endroit où escalader la muraille et éviter le tronçon touristique et payant. On se trouve seul à faire l’ascension des 500m jusqu’à une tour de garde au sommet. Superbe.

     

    Photo 4

     

    Pour Anais par contre cela ne s’arrange pas. Pas de bivouac du coup. On retourne dans notre précédent hôtel pour une dernière nuit au chaud.

    On fait quelques munitions dans une supérette. Tous les aliments sont sous vide. On tente certains produits qui semblent être comestibles puis direction le restaurant. On se laisse tenter par un établissement à côté de l’hôtel. Pas de menu. On nous invite à nous diriger vers les frigos aquariums pour choisir ce que l’on veut manger. On ne reconnait pas la moitié des choses que l’on voit. Quelques secondes d’interrogations lorsque l’on voit 2 tortues dans une bassine. Heureusement une galerie de grandes photos au mur expose les différentes préparations : sachez que la tortue vous sera servie sans carapace !

    On part sur une sole. Elle arrive prédécoupée quelques minutes plus tard dans une sauce à base de soja. Excellent.

    Sur la table, en même temps qu’on nous sert du thé, arrive un petit bol avec des petits blocs blancs/translucides (comme du quartz). Croyant qu’il s’agit de chose à grignoter (comme les pignons que nous avons déjà sur la table), Anaïs décide d’en croquer un, sous le regard interloqué de la proprio. Il s’agit en fait de morceaux de sucre !

    Dans la rue on voit pas mal de personnes faire des petits feux. On comprendra plus tard qu’ils brulent des papiers spéciaux, cela doit être un rite ou une croyance.

    Après une bonne nuit de sommeil, Anaïs est requinquée.

    Direction Zhangye, 240km de route nous attendent. Compte tenu du départ tardif, un peu avant 11h, nous ne ferons que 78km aujourd’hui. Nous avons eu l’impression de ne faire que sortir de la ville jusqu’à 14h. Une banlieue interminable. En raison de l’hyper développement urbain, les villes ont fini par se rejoindre. La périphérie de l’une touchant celle de l’autre.

    Et petit à petit, la campagne. Et la culture du maïs dont les épis sèchent sur le bord des routes et devant les maisons. Depuis notre arrivée en Chine difficile de dire si les gens travaillent à leur domicile où s’ils vivent sur le lieu de travail.

    En plus du maïs, on voit des oignons et des piments. Les derniers finissent de sécher. Les oignons sont rassemblés dans des sacs, empilés sur 1,5m de haut et recouverts de de branchages (ce que l’on utilise chez nous pour se faire de l’ombre sur des tonnelles ou pour faire des haies par exemple).

     

    photo 5

     

    Vers 17h, il ne nous reste plus que 45 minutes de soleil environ. Il est temps de trouver un bivouac. Ce sera dans une plaine bien dégagée avec une vue parfaite sur les massifs. Le soleil passe derrière les massifs du Qilan et la température se met à dégringoler. On écrit quelques lignes dans la tente à l’abri du vent. 19h et plus que 2°C, il est temps d’aller faire à manger.

     

    photo 6

     

    On expérimente les pâtes fraiches achetées un peu plus tôt dans un magasin où tout était en vrac et « frais ». Pas de produits emballés ou sous vide. Une sacrée découverte car jusqu’à présent en Chine dans les supérettes nous n’avions vu que de la « nourriture » sous vide.

    Nico est réveillé en pleine nuit par le vent. Une sardine a été arrachée du sol sableux et la toile claque.  Intervention rapide et Nico essaie de se rendormir songeant au fait que le vent souffle exactement dans la direction que l’on doit prendre demain.

    Vendredi 13. Le vent fort de la nuit s’est finalement arrêté au petit jour. Pas de vent arrière du coup. Dommage. La journée sera assez pénible : les paysages ne sont pas variés et pas terribles, nous parcourons difficilement 95 bornes le vent en pleine face. Ah oui, le vent est finalement revenu dans la matinée, mais dans le sens opposé. Vraiment dommage. Comme dans le Xinjiang on n’avait eu aucun problème sur l’autoroute, on la prend sur une cinquantaine de bornes (le bitume est mieux que sur la route, et la bande d’arrêt d’urgence est large ce qui nous permet de nous sentir plus en sécurité, et de se faire moins klaxonner que sur les routes classiques). Deux km avant d’en sortir, une voiture de flic se met à notre hauteur avec les gyrophares et nous crie des trucs dans son haut-parleur en nous montrant la sortie. Nous sortons avec la peur qu’ils nous aient attendus au péage pour nous causer des problèmes. Ouf, on passe sans voir personne. On s’arrête quelques km plus loin pour camper. Et grand luxe, comme on a les poches à eau pleines, on se paye le luxe d’une toilette au gant !

    Le lendemain après 35 km nous arrivons dans une ville pour déjeuner. Nous profitons d’un wifi gratuit dans la rue pour nous connecter au monde….et apprendre avec stupeur ce qu’il s’est passé ce vendredi 13 novembre 2015 à Paris.

    Nous continuons notre route vers le parc géologique de Zhangye. Une ville touristique est en train de sortir de terre à l’entrée du parc. Nous campons à côté de parc et le visitons le lendemain matin. On espère qu’il y aura moins de brume que la veille autrement les photos risquent d’être en nuances de gris.

    Le parc se visite en bus, avec quelques arrêts devant des chemins amenant à des points de vue. Plusieurs chinois travaillent sur le site : travaux de terrassement, fabrication des chemins aménagés, peinture, ect. Le vent est glacial. S’en est presque difficile de prendre des photos. On les plaint. Dans notre bus, les chinois sont plutôt feignants : ils préfèrent prendre des photos à travers les vitres dégueulasses du bus plutôt que de marcher quelques mètres !

     

    photo 9

    photo 8

    photo 7

    photo 10

     

    Nous parcourrons ensuite 40 km jusqu’à Zhangye où nous nous lançons dans une grande entreprise : acheter des billets de train !

    Nous souhaitons aller à Lanzhou. Il y a 7h de train. Nous décidons (bien qu’il y ait des trains précédents) de prendre un train de nuit. On arrive tant bien que mal à acheter les billets, puis la guichetière montre à Anaïs où déposer les vélos. Elle lui indique de venir à 16h. Anaïs essaye de demander si on ne peut pas les déposer plus tard (notre train n’est qu’à minuit et nous aurions voulu revenir visiter la ville à 10 km de là).  Impossible de se faire comprendre, on va donc déposer les vélos à 16h. Il nous faudra plus de 30 minutes et 5 interlocuteurs différents pour faire comprendre que nous voulons que nos vélos prennent le même train que nous ! C’est épuisant !

    Bref, après avoir réussi cette étape, on ne se sent pas le courage de recommencer une conversation pour demander à ce qu’on nous garde les sacoches le temps d’aller visiter la ville. On attendra donc 7 heures à la gare en voyant les trains pour Lanzhou défiler !

    Lanzhou est une très grande ville, qui ne nous donne pas envie de nous attarder. Nous filons donc à la gare routière pour partir vers le sud.

    Au guichet, comme à chaque fois, des personnes nous doublent, et d’autres tendent la main avec de l’argent pour nous passer devant alors que nous essayons de communiquer avec la guichetière qui préfère leur répondre que gérer notre cas. Bref, nous comprenons qu’il n’y a pas de train pour la destination que nous souhaitons et la guichetière nous dit d’aller à Hezuo d’où nous pourrons prendre une correspondance.

    Apres plus de 3 heures de bus, nous arrivons à Hezuo, à 2830m d’altitude. Nous avons complètement changé de décor : c’est la montagne, et l’esprit tibétain. Les faciès sont différents que ceux que nous avons pu croiser jusqu’à présent et il y a beaucoup de temples bouddhistes. On croise des moines bouddhistes et un certain nombre de personnes est habillé très différemment de ce que nous avions pu voir jusqu’à présent. Des tuniques d’un tissu épais pour les femmes, un manteau en cuir retourné pour des hommes. Les manteaux ont des manches très longues. Impression renforcée par le fait que certaines personnes n’utilisent qu’une manche et laissent pendre l’autre (jusqu’au genou et parfois plus bas). Nous croisons des Yaks dans la rue. Ceux que nous voyons ressemblent à des petites vaches à poils longs avec des cornes.

    Nous cherchons à prendre notre bus de correspondance, et la guichetière ne dit qu’un mot à Anaïs, vu qu’Anaïs ne comprend pas, elle l’écrit sur un papier (en caractère chinois)! Super, on est bien avancé !

    Là une femme dit à Anaïs de la suivre. Elle prend un taxi qui les mène à une autre gare routière. Elle fait comprendre à Anaïs qu’il n’y a pas de bus pour la destination qu’elle souhaite, et écrit le nom d’une ville sur un bout de papier suivit de « 7:30 »

    Anaïs rejoint Nico et ils essayent de trouver sur une carte où peut bien être la ville que la femme a écrit. Nico demande à quelqu’un de prononcer le mot écrit, et la personne répond « tomorrow » ! On pouvait encore chercher longtemps sur la carte !

    A la gare routière on achète des billets pour le lendemain. Il s’agit encore d’une correspondance. D’après un site internet il existait un bus direct, et nous allons mettre plus de 4 jours et 4 bus pour atteindre notre destination !

    Nous trouvons un hôtel juste à temps : L’intoxication alimentaire de Nico commence. La crise est assez violente. Anais est obligé de descendre chercher serpillère et bassine. Un peu plus tard on entend frapper à la porte. L’homme dit être de la police. Il souhaite savoir, qui on est, d’où l’on vient, et où on va. C’est la première fois que nous sommes contrôlés.

    Vu l’état de Nico, impossible de prendre le bus le lendemain matin. Nous attendrons une journée de plus à Hézuo.

    La résurrection se produit en fin de matinée. On envisage alors une sortie de la chambre et même de rebrousser chemin vers Lanzhou. Ayant raté le bus le matin, nous aurions dû attendre 2 jours avant le suivant. On aurait bien eu envie de faire la route en vélo mais on est contraint par le renouvellement de notre visa. Pour cela nous devons nous rendre dans le Sichuan rapidement.

    Avant de prendre ce bus, Anais sert de guide à un Nico faiblard et lui fait découvrir le quartier des temples bouddhistes qu’elle avait parcouru la veille. Les lieux de culte se confondent avec les quartiers d’habitations des moines. Quelques personnes travaillent à la construction d’un temple ou à des rénovations diverses, on croise des moines, dont certains n’ont pas 12 ans, des personnes venues prier et quelques touristes chinois.

     

    photo 11

    photo 12

    photo 13

    photo 14

     

    De retour à Lanzhou, on fonce vers la gare pour prendre un billet de train au plus tôt pour Chengdu. Fin de journée, le trafic s’intensifie et la conduite nécessite pas mal de concentration. On se croirait dans un jeu d’arcade, devant éviter sans cesse des obstacles improbables. Sentiment renforcé par la musique de noël « jingle bells » émanant d’un camion-citerne dont la mission est de mouiller la chaussée (euh ouai, nous non plus on ne comprend pas).  Quand on entend la musique il faut fuir car le camion estime qu’il a prévenu et arrose. Bitume, trottoir, voiture, scooter ou piéton, tous le même traitement. Surprenant la première fois.

     

     

    photo 15

     

    Mauvaise nouvelle à la gare : plus de place en « hard sleep » (couchette en dur) avant 2 jours. On opte pour le « hard seat » (banquette de « m…. »). 21h et des brouettes.

    On tentera d’oublier ça avec un bon repas. Aidés par la fille de l’auberge de jeunesse, on mange un bout au coin de la rue. Poulet aux légumes, une espèce d’omelette aux tomates et du riz. Enfin autre chose que des pâtes.

    L’enregistrement des vélos n’est pas simple. On est pourtant rôdé. Cette fois on nous fait comprendre que les vélos ne peuvent pas prendre le même train que nous et que le train cargo est déjà parti. Ils arriveront 24h plus tard. Si on avait su on les aurait enregistrés avant. Comme à chaque fois, on ne sait jamais quel est le niveau de fiabilité d’une information. La veille, la guichetière expliquait en anglais qu’il fallait enregistrer les vélos 2h avant le départ : raté.

    45 minutes avant le départ, premier mouvement dans le hall d’attente déjà plein. On fait comme les locaux et venons nous entasser à côté des grilles. Les grilles s’ouvrent après quelques minutes et tout le monde court (ou essaie avec les bagages) pour monter dans sa voiture. La voiture est déjà au ¾ pleine lorsque l’on monte. On avait pourtant fait vite. Les gens se pressent pour entreposer leurs affaires dans les portes bagages. Et la place est rapidement chère.

    Petite suée, on trouve nos sièges et attendons le départ. On comprend vite que ça va être long. Carré de 4 places à gauche, de 6 places à droite. Pas beaucoup d’espace. Le dossier est raide. Pas possibilité de l’incliner. Pas de table en face de nous.

    Rapidement, les gens se mettent à manger. Des pignons, dont la moitié des coques se retrouvent par terre. De la viande sous vide. Des pâtes chinoises dans des pots où il faut juste ajouter de l’eau chaude avant de se « régaler ». Ca c’est pour le goût.

    Côté odeur, pas autant de diversité puisque la fumée de cigarette masque tout le reste.

    Pour le bruit, on avait l’impression qu’ils étaient tous potes. Ça parle fort, et ça crache de temps en temps (oui, par terre…). Toutes les 10 à 15 minutes environ, une personne passe pour vendre à « manger » ou des gadgets en tout genre (toupie lumineuse, coupe ongles, cahier d’histoire et d’exercices, et autres objets improbables). Voilà pour l’activité officielle. S’ajoute à cela des voyageurs qui ont décidé d’amortir leur billet de train en proposant des bières, des batteries de téléphones portables, etc. Et enfin aux gares, des gens montent pour proposer des œufs durs, de la viande, des beignets, etc.

    photo 16

    photo 17

    Difficile de dormir dans ces conditions. Mais après 21h43 exactement pour parcourir 600km à vol d’oiseau, on sort enfin du Gansu.

     

    Merci à Brice pour la publication de l’article… et à Thérèse pour la relecture des fautes d’orthographe !

5 Responsesso far.

  1. Valque dit :

    C’est toujours beaucoup de plaisir de vous suivre mais je crois que je vais me mettre maintenant au chinois si j’envisage un voyage dans 10 ans!!! Je vous souhaite de retrouver la grande forme.

    Dominique

  2. VERNAY PHILIPPE dit :

    Très impressionné par votre périple….parfois seuls au monde et parfois au milieu de la foule et quels beaux paysages et visages d’enfants. Continuez à nous faire rêver!

  3. Laurie Laemmlin dit :

    Un vrai régal de vous lire ! courage, et continuez à nous faire rêver! Bisous

  4. Cathy Lebret dit :

    Bon, coté chinois vous progresser bien. Vous connaissez déjà un mot : tomorrow.
    Trop drôle l’anecdote!
    Ne votre coté nous progressons aussi dans la connaissance des villes que vous traversez. Merci beaucoup.

  5. Cathy Lebret dit :

    Oups. Comme je n’ai pas Thérèse pour corriger mes fautes d’orthographe, je vais le faire moi même: vous progresseZ bien.
    DE Notre coté…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *