• Sichuan

    Nous découvrons Chengdu (ville jumelée avec Montpellier), après nos 21h de train, dans un taxi qui nous amène à notre auberge : c’est immense. Les ruelles de bâtisses historiques semblent coincées entre les gratte-ciels et les enseignes internationales. Ici encore plus qu’à Lanzhou, la ville parait pensée pour l’automobile. De grandes artères et 4 ceintures périphériques concentriques.

     

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    On a changé de climat. C’est très humide et moins froid. Beaucoup de végétation au pied des immeubles et dans les rues. L’ensemble est plutôt agréable et étonnamment assez calme. L’auberge, Mrs Panda Hostel, se situe sur les bords d’un fleuve dans un quartier plutôt riche à proximité des hôpitaux, sièges d’entreprises, magasins de luxe. On a croisé des boutiques Dior, Gucci, Versace, etc. à côté de palaces. La proportion de voitures de luxe est surprenante. Il y a apparemment des chinois moins communistes que d’autres.

    Le lendemain matin on part pour la réserve de pandas. Plusieurs enclos avec des adultes et la possibilité de visiter la nurserie. La fondation a visiblement les moyens. Le panda est un animal à la symbolique forte en Chine. Des entreprises comme Chrysler ont même adopté (ou plutôt parrainé) 2 petits pandas pour 1 ou 2 millions de dollars (qui restent dans le centre). On met les moyens jusque dans les toilettes : massage, air chaud, jet d’eau…
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    Les chinois visitent le parc de manière un peu particulière par rapport à nous. Ils passent vite devant les enclos, juste le temps de prendre une photo. Des « selfies » notamment. Beaucoup choisissent de se déplacer en voiturette. S’il n’y a que peu de monde dans les allées, on se presse dans les files d’attentes pour monter dans les voitures électriques.

    La mission de l’après-midi consiste à récupérer les vélos à la gare. On n’avait pas vraiment d’infos sur l’heure d’arrivée. On finit par trouver l’espace cargo et on réceptionne le vélo. On fera quelques détours pour rejoindre l’auberge pour visiter la ville.

     

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    On quitte l’auberge en fin de journée. On y laisse nos vélos et le gros de nos affaires pour quelques jours. On prend le bus pour Emeishan. Le bus ne nous amènera pas exactement à destination mais ce qui est « magique » en Chine c’est qu’à chaque problème se présente sa solution (souvent payante). Plusieurs personnes attendent le pigeon (nous) pour proposer de finir le trajet en voiture. Le système est tellement rôdé qu’ils ont les prospectus des hôtels ou auberges auxquels vous souhaitez aller. Quelques 25 yuans plus tard nous voici à « Teddy Bear Hotel ».

    Parmi les activités proposées et autres conseils, on remarque une pancarte proposant de faire son extension de visa dans la localité. Etrange. Mais fort bienvenue. On prend des infos.

    Le village se situe dans la vallée vers 500m d’altitude. L’idée est de monter au sommet du Mont Emei (« Emeishan ») qui est une des quatre montagnes sacrées en Chine. Elle culmine à 3071m.

    Lever de bonne heure pour prendre les premiers départs pour un des villages au pied de la montagne. Le tarif demandé est exorbitant : 40 Yuans par personne pour quelques kilomètres. On entre dans le parc par une porte qui ressemble à un véritable péage. La route sinueuse se termine sur un parking et son télécabine. Les tarifs affichés dans les superettes se sont envolés avec l’altitude ! Le double, en 200m de dénivelé. Dire que c’était déjà cher en bas !

    Pas de télécabine pour nous. On choisit la marche ce qui ne nous dispense pas de payer un droit d’entrée, exorbitant lui aussi, de 185 Yuans pour Nico et 90 Yuans pour Anaïs (merci la carte étudiant). Nous nous inquiétons pour notre ravitaillement et avons fait quelques provisions. La première heure de marche est parsemée de nombreux stands : des boissons, de la nourriture mais surtout des objets divers comme des cannes, des peluches de singes (l’emblème du parc), des chapelets et autres amulettes sacrées, etc. Nous n’aurions peut-être pas dû nous charger autant. Le parc compte 66000 marches. Nous allons avoir le temps d’y penser !

     

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    Plus on monte, moins on croise de monde. Les visiteurs se concentrent autours des accès facilités par la route ou les télécabines. Beaucoup de touristes que l’on croise montent péniblement et ne sont pas vraiment équipés pour la marche. Des filles ont des sacs à mains, d’autres des chaussures à talons. On croisera des mecs en costumes, chaussures en cuir. Surprenant.

     

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    On ne compte plus les panneaux nous invitant à protéger la nature et à nous méfier des singes. Après 4h de marche sans apercevoir aucun animal on se demandait s’il y en avait encore sur cette montagne. La rencontre avec le premier macaque aura lieu dans un temple.

    Nous sortons de la brume après 2 100m de dénivelé. Nous déposons nos sacs dans ce qui se prétend être une auberge et décidons de faire les 200 derniers mètres pour profiter de l’éclaircie au sommet. On traverse commerces, hôtels et chantiers pour se retrouver devant le dernier escalier monumental. D’une quinzaine de mètres de large il mène vers l’immense statue d’un Bouddha aux multi-profils qui trône sur des éléphants. Le tout est doré et dénote sur le ciel bleu.

     

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    Les visiteurs prennent des photos l’air pieux, avec plus ou moins de conviction. A l’opposé, on verra un homme se prosterner toutes les 3 marches depuis la sortie de son hôtel. Il aura mis 30 minutes pour parcourir ce que l’on a fait en 5 minutes.

    On note l’altitude : 3 071 mètres pour le temple doré. C’est comme si nous avions grimpé un immeuble de 700 étages depuis ce matin.

    Couchés de bonne heure, on prévoit un réveil vers 6h30 pour profiter du lever du soleil sur le Bouddha et les temples or et argent adjacents. On s’endort après avoir regardé « OSS 117 – Rio ne répond plus ». Le réveil intervient plus tôt que prévu. Ce n’est pas que l’on dort mal à 2800m mais plutôt parce que le tenancier tape à toutes les portes en criant la même chose à chaque fois. Il est 5h30.

    La nuit avait été étrangement bonne jusque-là. Etrangement car il n’y avait pas vraiment de matelas entre le drap et le sommier. Qu’il y avait un espace important entre la fenêtre et son encadrement. Que les cloisons étaient en aggloméré de 0,5cm d’épaisseur. Que le plancher ne devait pas être plus épais que les cloisons. Et que les draps n’étaient vraisemblablement pas de la première fraicheur.

     

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    On arrive donc bien trop tôt en haut. D’autant que ce matin-là le soleil n’avait pas prévu de se lever. Brume et crachin. On s’attarde inutilement (Nico espère un miracle). On commence la redescente vers 8h. 700m en commun avec la montée de la veille. La suite sur un autre itinéraire. On passe rapidement sous les nuages. La visibilité est presque bonne. La brume persistante donne une atmosphère fantastique à la montagne. La descente, comme la montée, est rythmée par les snacks et temples successifs. Moins de monde mais plus de singes. On croise en effet des groupes de plusieurs individus pas vraiment impressionnés par l’homme. Anaïs impressionne par son autorité lorsqu’un macaque s’approche de trop près. Evidemment pas.

     

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    Comme pour la montée, on comprend que si le chemin n’avait pas été pavé, il aurait été impraticable. Les escaliers sont (très) raides, glissants, et serpentent dans une jungle extrêmement dense. C’est magnifique. On s’arrête souvent pour profiter de la vue ou prendre des photos.

     

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    Après 600 mètres de descente on rejoint le flot des personnes. C’est au niveau du parking. Les touristes chinois débarqués doivent gravir 150m avant de pouvoir finir l’ascension en téléphérique s’ils le souhaitent. C’est déjà trop pour certains qui ont choisi l’option chaise à porteurs. On a même vu des clients fumer pendant que les malheureux porteurs essayent de se frayer un chemin à travers la foule. On croisera des porteurs à proximité de tous les coins accessibles par moyens mécaniques.

     

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    C’est très beau donc mais aussi très long. Les jambes sont lourdes. Heureusement que les dernières heures sont variées et ludiques. Le chemin traditionnel s’arrête pour laisser place à des passerelles et des ponts. La zone est pleine de macaques. Et il semble que ce soit leur espace. On doit donc faire attention lorsque l’on en croise sur un pont. Ambiance western. On s’observe. On bouge au moment opportun. Nous croisons 3 chinois qui ont eu moins de chance que nous sur le pont. Un macaque n’a pas hésité à leur sauter dessus.

     

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    18h00, on arrive enfin. On est mort.

    Le lendemain, c’est lundi, ce qui signifie que le bureau de police touristique est ouvert. On arrive de bonne heure : formulaires, photos, empreintes digitales et 320 Yuans. On a le droit de revenir le lendemain après-midi en espérant que tout se passe bien. Pour justifier notre demande d’extension de 30 jours, on a dû justifier d’une suite de séjour (imaginé sur un coin de table et complètement bidon).

    On décide de tuer le temps en nous rendant à Leshan. A quelques kilomètre d’Emeishan, la ville est connue pour son Bouddha géant (71m) et un autre allongé (170m). 2 belles bêtes donc.

    Business is business. Le « parc » est coupé en 2 : Bouddha géant d’un côté, Bouddha allongé de l’autre. Il faut prendre un ticket à chaque fois. On opte pour le Bouddha assis. Le ticket permet d’accéder également à d’autre lieux (temples, caverne, promenade, etc.). Le Bouddha se trouve en dessous du niveau du parc , on ne voit que la tête dépasser. On accède au pied en descendant un escalier creusé dans la roche, comme le Bouddha lui-même. La sculpture est plutôt grossière mais impressionne.

     

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    On déjeune en sortant du parc en direction d’un temple. Etant donné qu’il faut monter une centaine de mètres pour l’atteindre, il n’y personne ! On ne croise qu’une dizaine de touristes. C’est un des plus beaux que l’on ait vu et gratuit en plus.

     

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    Mardi 14h. Après une rapide visite du musée d’Emeishan, on est devant le poste de police. L’officier nous reconnait et nous demande nos passeports. Il y colle les visas. Merci. Au revoir. Victoire ! On avait lu sur plusieurs blogs que c’était possible de faire facilement et rapidement l’extension ici mais les choses peuvent changer. Soulagés on rentre à Chengdu.

    Retour à l’auberge Mrs Panda. Les vélos sont toujours là. On les prend pour refaire un tour dans la ville. On se cherche un petit resto. On se ferait bien des sushis. On a vu qu’il y en avait par ici. Les tarifs suffisent à nous faire passer l’envie. Finalement on rentre dans un établissement où la nourriture est à volonté. Un grand buffet pour s’approvisionner et une plaque chauffante pour faire cuire le fruit de notre chasse : champignon, crevettes, canard, piments, pince de crabe, melon, etc. beaucoup de choix mais rien n’est vraiment terrible. Assez déçus, et finalement pas donné.

    On découvre « People’s Parc » un mercredi après-midi. C’est plein de monde. Comme tous les jours il parait. Les gens y viennent pour se promener, danser, jouer au majong (on n’a vu que des hommes y jouer), à un autre jeu avec des espèces de gros dominos (surtout des femmes), assister à des spectacles de rue. On y boit du thé. Les terrasses sont pleines. On n’avait pas vu de terrasses jusque-là. Le plus surprenant, hormis peut-être que des gens paient pour nourrir de gros poissons avec des biberons, c’est une allée pleine de petites annonces où les parents essaient visiblement de caser leur enfant pour trouver le conjoint idéal.

     

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    En bonus, les laveurs d’oreilles ! il nous a fallu quelques secondes pour réaliser ce que l’on voyait.

     

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    Le soir on mange une fondue, spécialité sichuanaise : Il s’agit d’un bouillon avec quelques aliments à l’intérieur (champignons, tomates, poisson) dans lequel on plonge en même temps d’autres aliments qu’on a choisi sur la carte : viande, légumes, poisson. On y fait cuire 10 minutes nos brochettes, des beignets de crevettes (on croit) et boulettes de viande. On part ensuite à la pêche. C’est pas mal mais sans plus.

    Le 26 novembre, on part en bus pour Ya’an (2h30 de bus). Ensuite plusieurs jours de vélos nous attendent pour nous approcher du Tibet.

    Nous démarrons vers 11h45 et prenons la fameuse route G318. En été, cette route est très prisée par les cyclotouristes (surtout chinois). Comme nous sommes hors-saison, nous en croiserons seulement 1 en 7 jours. Les premières heures se passent bien mais il y a beaucoup de trafic. On se fait beaucoup klaxonner. A noter que contrairement au Kirghizstan où les camions klaxonnaient légèrement pour s’annoncer, depuis qu’on est en Chine, les coups de Klaxon persistants veulent aussi dire « dégage ».

    A partir de la ville de Tianquan, c’est une autre histoire ! Ils refont la route sur plusieurs dizaines de kilomètres. Ce qui signifie : une seule voie utilisable, des bouchons monstres, des camions à n’en plus finir, de la boue et de la poussière partout !

     

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    Depuis le départ nous avons l’impression de traverser un immense chantier. Ils construisent une autoroute en plus de refaire certains tronçons de la route que nous empruntons. De gros besoins de bétons pour les ponts et tunnels. Alors il y a des cimenteries régulièrement espacées. Le béton est produit sur place. Le paysage en prend un sacré coup.

     

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    Nous nous arrêtons dormir au village de Zishi, dans une espèce de chambres d’hôtes. Nous sommes tout crasseux, plein de boue et dégoutés d’avoir nettoyé nos vélos à fond, la veille au soir, à Chengdu. On avait aussi fait une lessive…

    Le village où nous sommes à l’air d’être tout refait pour attirer les touristes. Pas vraiment authentique.

    Le lendemain, réveil de bonne heure pour plusieurs kilomètres de montée. Comme depuis notre départ de Ya’an, la végétation est luxuriante. Cela s’explique surement par la météo, toujours très humide et brumeuse. Arrivés à 2 100m, un tunnel de plus de 5km nous évite de monter encore jusqu’au col. Bizarrement notre regard sur les bétonneurs chinois est plus indulgent… De l’autre côté, c’est très différent : Nous avons la vue sur une grande vallée en contre-bas, la végétation est beaucoup moins dense et il y a du soleil.

    Dans la montée, le zip de la fermeture éclair de la veste de Nico se casse (oui,oui, la veste Arc’teryx au prix exorbitant) ! Nico est dépité. Il ne fait déjà pas très chaud, et les jours à venir seront pires.

    Une grande descente nous amène à Luding où nous passerons la nuit (repos bien mérité après 1550m de dénivelé positif et 57km). En ville, le jeu de piste s’organise pour trouver un moyen de sauver la veste de Nico. Après plusieurs indications, plus ou moins floues et parfois contradictoires, on tombe enfin sur un couturier qui parvient à la réparer pour 5 Yuans. Sur la place principale de la ville, à 19h, tout le monde se retrouve pour danser ensemble. C’est très sympa à voir.

    Le 28 novembre, nous reprenons la route pour une nouvelle montée de 1550m pour arriver à Kangding qui se situe à 2 500 m d’altitude. Sur la route, un chinois arrête sa voiture en plein milieu et traverse pour se prendre en photo avec nous !

    A Kangding, nous nous reposons dans une auberge de jeunesse très sympa tenue par des américains (Zhilam hostel). La ville parait assez riche, il y a pas mal de grandes enseignes. Le soir, rebelote sur la place de la ville : vers 19h la musique commence et tout le monde, quelle que soit son ethnie, se retrouve pour danser. On comprend qu’il y a un leader dont les gens suivent les mouvements.

    Le lendemain, on reprend les vélos pour encore une énorme montée qui nous fera passer un col à 4 200m. Le thermomètre est tout juste positif lorsque l’on démarre. Pendant le trajet, on voit au loin des sommets enneigés. On croise des troupeaux de yaks. Un camion a loupé un virage dans une série d’épingles à cheveux peu de temps avant qu’on arrive. Heureusement, une barrière a permis d’ éviter qu’il fasse un beau vol. D’autres camions se sont arrêtés et les chauffeurs vident ce qu’il reste de sable dans la remorque sur une bâche disposée sur la route. Distraits par le spectacle 2 voitures se rentrent dedans (gentiment) juste devant Nico.

     

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    On passe le col à 16h30, enfin, pour redescendre dans la vallée suivante. A partir de là, les paysages sont nettement plus jolis. Dans les vallées précédentes, ils étaient entachés par la surexploitation industrielle. Pour affronter 40km de descente en fin de journée, à cette altitude, c’est tenue de cosmonautes obligatoire : gants de ski, bonnet, cache-col, sous-pull, doudoune, veste gore-tex, sur-chaussures, sur-pantalon. Le temps de prendre des forces, des photos, et de s’équiper, on quitte le sommet à 17h15. Nous voyons enfin de grandes étendues et les premières maisons tibétaines. La lumière est très belle mais il fait vite nuit.

     

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    Nous arrivons de nuit à Xinduqiao qui se trouve à 3500 m d’altitude. Dans cette petite ville tibétaine, seule la rue principale est éclairée. Une femme nous hèle pour venir dormir dans son auberge. Dans la chambre, il fait 7 degrés.

     

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    Le fait d’être hors saison a de bons et de mauvais côtés. On est content de ne pas être avec des hordes de touristes chinois. Mais le principal problème est la température qui nous empêche de camper. On monte tous les jours plus haut que la veille et le froid croissant nous inquiète et nous contraint. Outre le prix de l’hébergement, on est surtout obligé de calculer nos étapes pour arriver dans un endroit où nous pourrons dormir. On savait que l’on aurait froid mais on tenait à découvrir cette région et faire cette route. On n’imaginait pas à quel point ce serait pesant.

    Le 30 novembre, on décolle vers 8h30 et il fait froid ! A 11h, il fait toujours -6 degrés à l’ombre. On a du mal à se réchauffer. On entame une montée pour repasser un col à 4 200m. A un carrefour, la direction de notre prochaine étape est tout droit, mais il y a un panneau qu’on ne comprend pas (bien sûr) et la route semble barrée. La route qui nous intéresse a l’air en très bon état par rapport à l’autre. On décide d’y aller. Après quelques kilomètres de montée, on commence à se poser des questions : Il n’y a personne qui prend notre route, et on voit au-dessus de nous la route mal entretenue très fréquentée par des voitures et des camions. Heureusement, une moto passe, on l’arrête, et le conducteur nous fait comprendre qu’on peut continuer. Il nous fait un signe : un rond avec son pouce et son index et l’index de la main droite qui rentre dans le rond. On espère qu’il s’agit d’un tunnel…. A moins qu’il s’agisse de tout autre chose… Humm. Certainement un tunnel.

    A 3 850m, belle surprise : Il y a en effet un tunnel qui nous évite de monter au col qui doit être 400m plus haut. Ce tunnel est toujours en construction, mais on peut le prendre. La traversée est assez bizarre. Quelque voitures passent et des travailleurs s’affairent. S’il est complètement creusé, il est loin d’être terminé. Des passages boueux et les contours toujours pas bétonnés. 7km dans une autre dimension. Très chaud et humide au départ. Froid vers la fin. Une visibilité moyenne et des odeurs d’échappement et de produits chimiques.

     

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    Apres une longue descente, nous arrivons à Yajiang, 2 600m d’altitude. Cette ville est enclavée entre un fleuve et les montagnes. Depuis l’une des rives, on a l’impression que les immeubles sont empilés les uns sur les autres. Dans cette ville, les habitants ne semblent pas souvent voir d’européens. On ne passe généralement pas inaperçus, mais là c’est carrément un cran au-dessus. Les enfants nous suivent, nous interpellent…

    Comme dans les autres villes de taille moyenne, à 19h, c’est l’heure de la danse sur la place centrale.

     

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    Le lendemain, encore un gros dénivelé nous attend : Il nous faut franchir un col à 4 400m et franchement, la motivation n’y est pas : cela fait 4 jours que l’on se tape de gros dénivelés, avec des paysages sympas, mais la route est souvent dans des vallées enclavées. En gros on trouve que c’est cher payé, et pour des dénivelés beaucoup plus raisonnables nous avions eu des paysages nettement plus beaux au Kirghizistan. Bref, il est 9h30 et on se dit que si un camion passe, on mettrait bien les vélos dedans. Pas de chance, le trafic est beaucoup moins dense qu’au début et nous seront finalement pris en stop à 4 000m. A 15h. Il y a 2 tibétaines et 2 tibétains dans la camionnette qui s’arrête. Ils sont très sympas, mais c’est difficile de communiquer. Apres quelques virages, nous passons un tunnel. Encore un qui nous évitait de passer le col à 4 400m. Le stop ne nous aura au final fait gagner que 250m de dénivelé.

     

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    De l’autre côté du tunnel, la route suit des crêtes et les paysages sont beaux. Nous sommes entre 4100m et 4400m et les montagnes autour ne sont pas beaucoup plus hautes. L’été, il parait que tout est vert. A la saison où nous y sommes, tout est marron.

    Arrivés à une intersection, leur route part à gauche. La nôtre ce sera en face, avec une belle côte. Quelques secondes avant on rigolait en se disant « t’as vu la côte, imagine qu’il nous laisse juste en bas ». décidément, vraiment pas de chance, d’autant que l’on n’en voyait que la moitié depuis le croisement. Vu l’heure, on doit envisager sérieusement l’option camping. Et dans ce cas, trouver rapidement un endroit pour planter la tente et faire à manger avant que la nuit tombe. On est à 4350m. On se souvient que la veille, à 2800m, il ne faisait que 7°C dans la chambre d’hôtel.

    15 minutes plus tard, on tombe sur une propriété. Plutôt l’air d’une casse automobile que d’un motel. Accueillis par des gros chiens, on demande à un homme si l’on peut dormir. 100 yuans avec le repas. La chambre est sobre. 4 lits recouverts de bâches plastiques, sol en béton, cloisons en taule, et suffisamment de jour pour se demander s’il ne manque pas un ou deux bouts de taule à certains endroits.

     

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    On est rapidement convoqué dans leur pièce à vivre. Peut-être 15m², organisé autour du poêle. On nous sert du thé au lait de yak. Si cette première épreuve est un succès, pour Nico ça se corse avec le deuxième défi. Notre hôte dépose du beure de yak dans un bol, y ajoute une poudre indéfinissable, puis du thé au lait. Il malaxe le tout jusqu’à obtenir une pâte, et nous offre 1 boule chacun. Maintenant il faut manger. Nico a eu l’idée lumineuse de partager cela avec eux. Ce n’est ni bon ni mauvais. Le plus dur n’est pas d’essayer d’oublier la manière dont c’est fait mais surtout d’avaler chaque bouchée : il n’y a rapidement plus de salive en bouche !

    Upgrade pour le repas. Chou-fleur, patiemment découpé et lavé avant d’être jeté dans l’huile bouillante du wok. On ajoute gingembre et oignons lors de la cuisson. On se régale.

     

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    Le sommeil est déjà compliqué à cette altitude mais quand en plus les chiens aboient quasiment toute la nuit et que le thermomètre affiche -5°C, sortir du lit est vraiment un challenge. Mais on veut filer avant le petit déjeuner. On ne sait jamais. On passe quand même un peu de temps à côté du poêle avant de trouver le courage de décoller. Il y a certes du soleil mais les rayons sont inefficaces ce matin.

    Les cols et les descentes s’enchainent toujours entre 3900 et 4400 mètres. On passe notre temps à ajouter et enlever des couches de vêtements selon s’il y a une côte, de l’ombre, une descente, du soleil, etc.

     

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    Dans les descentes il faut faire attention à la glace sur la route. Les camions utilisent des jets d’eau projetés sur les jantes pour refroidir leurs freins. Au sol, on retrouve les traces des roues, qui gèlent rapidement. Il y a des yaks absolument partout. Certains ont une taille impressionnante. Rien à voir avec les « petites vaches aux cheveux longs » que nous avions vus en premier.

    Petite frayeur lors du deuxième col. 2 gros molosses décident de se jeter sur nous. La première morsure sera pour la sacoche arrière de Nico. On accélère et profite de la pente pour les distancer.

    On termine la journée par un cadeau de bétonneurs chinois. Ils ont encore construit un tunnel qui nous permet d’éviter un col à 4300. On sort des 2 kilomètres de tunnel pour faire face à une immense plaine. Des sommets enneigés sont juste derrière. Quelques nuages gris. Soleil en face. La photo est superbe. On poursuit la descente pour rejoindre Litang. Eclairage et bitumes limités aux axes principaux. Cette ville tibétaine donne l’impression d’être fraichement reconstruite par les chinois. Pas vraiment authentique une fois de plus. Dans une des ruelles terreuses, on voit des gens pomper de l’eau pour remplir des bidons de 50L. Il est 18h quand on trouve un hôtel et on fait le point sur la suite.

     

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    Sur 7 jours on aura parcouru 460 km et grimpé 9000 mètres de dénivelé. On a eu l’impression que chaque étape était plus dure, ou presque, que la précédente. En montant à ces altitudes, on s’attendait à voir des sommets blancs et impressionnants. Une vraie ambiance de haute montagne. Et c’est plutôt de la moyenne montagne que nous avons eu. Jolie certes, mais on trouve ça cher payé. Etonnamment, ce n’est pas qu’il soit si compliqué de pédaler aussi haut mais c’est plutôt la motivation qui n’y est plus. Le froid, les contraintes de l’hébergement qui imposent les étapes, les montées interminables et « chiantes », les paysages pas si variés. On n’a fait que la moitié de l’itinéraire prévu. On lit d’autres blogs sur la suite. La route pour Shangri-la. De beaux paysages mais une route pas en très bon état. Les prévisions météo finissent par nous convaincre : les minimales vont passer de -6/-9°C à -13/-16°C d’ici 2 jours. C’est décidé, on ira à Shangri-la en bus et de là on descend vers le chaud !

    Le lendemain on organise notre voyage pour Shangri-la. On doit faire une étape par XiangCheng, à un peu plus de 200km. Le réceptionniste nous appelle un type qui fait taxi en van. On négocie le tarif et le rendez-vous est pris pour un départ à 10h. Le vélo de Nico est hissé sur le toit. Celui d’Anaïs est coincé dans le coffre avec les sacoches. On s’arrête au bout de 300m. Changement de van. On fait connaissance avec notre nouveau chauffeur. Déchargement et rechargement des vélos. Le coffre est plus petit et déjà bien rempli. Le vélo d’Anaïs est aussi mis sur le toit comme nos sacs à dos. On attend visiblement d’autres clients. Une femme arrive avec des boites de viande séchée. Une voiture de police passe et notre nouveau chauffeur s’active. Il démarre et se gare dans une ruelle juste à côté. Il nous enferme, fait quelques pas et la voiture de police arrive. Un flic demande à ouvrir la voiture. « Allo » dit-il en nous voyant assis au fond. Il referme, prend une photo du van. Puis rouvre la portière et nous prend en photo. Notre chauffeur est menotté puis embarqué.

    On se demande un peu ce que l’on fout ici, dans ce van, sans personne. On venait de payer le type en plus. Quelques minutes plus tard, notre premier chauffeur arrive, met le contact et nous conduit dans une autre ruelle encore plus à l’écart. Il nous fait comprendre qu’il faut attendre, peut-être 1 heure, et il part en courant. Mais qu’est-ce qu’on fout là ! En plus de nous et de nos affaires, il y a la viande de la cliente, et le sac à dos du chauffeur. On se persuade donc qu’il va revenir. La question, c’est quand. On attend… il fait 3°C…

    On tue le temps en nous promenant un peu dans les alentours et 50 minutes plus tard, tout le monde arrive. Les chauffeurs, la cliente et 2 moines (femmes) qui feront le trajet avec nous. Le chauffeur nous explique qu’il a dû payer un bakchich de 400 Yuans mais on ne sait pas pourquoi.

    La route est bonne. Pas vraiment conforme à ce que l’on avait lu sur des blogs. Les paysages sont vraiment beaux, plus sauvages que ce que nous avons fait en vélo. Après une bonne heure, les infos deviennent véridiques. On arrive sur une piste bien pourrie. On est secoué et les vélos aussi. On s’inquiète un peu de ce qu’ils sont en train de prendre. On entend des grincements, ça racle. Une des pédales enfonce le toit du van et supporte le poids de l’autre vélo.

    On passera des cols à 4500 et 4600 mètres. Beaucoup de vent, il fait super froid.

    15h30, après 4h de route, on arrive à destination. Les 2 moines veulent également se rendre à Shangri-la. On n’est pas encore sorti du véhicule que notre chauffeur organise la suite du trajet. Un peu compliqué, la concurrence est rude mais les prix fermes. Etrange. On nous demande 130 yuans par personne. On avait payé 250 pour 2 sur le premier tronçon.

    A 16h les vélos sont chargés sur le nouveau van. On a pris soin de démonter une des pédales pour limiter la casse.  C’est rapidement que la route se dégrade. Peut-être 30 minutes après être parti. Et c’est bientôt pire que lors du précédent trajet. Notre chauffeur conduit son véhicule comme si celui-ci ne lui appartenait pas. Plusieurs fois les amortisseurs sont au taquet, et on entend le claquement de la butée ! L’habitacle est chargé de poussière. On croise peu de voitures. Peut-être 10 avant de nous arrêter après 1h30 pour aider une autre camionnette qui a crevé. Opération instructive.

     

    photo 42

     

    Après avoir passé le plus gros col du parcours, 4300m, la route se dégrade encore. C’est possible. On ne pensait pas. Comme en mer, on fait face à une houle avec des creux de 0,5 à 1m. Le chauffeur a jugé bon de ralentir un peu. On retrouvera le bitume pour les 80 derniers kilomètres. Le voyage aura duré 6h30, pour faire 217km. On a définitivement bien fait de faire ces 400 kilomètres en voiture étant donné le peu de villages, le froid et l’état de la route.

    Shangri-la est encore à 3200 mètres d’altitude. Il neige. Dire que l’on descendait dans le sud pour retrouver la chaleur. Bienvenue dans le Yunnan.

     

    Encore une fois, merci à Brice pour la publication de l’article… et à Thérèse pour la relecture des fautes d’orthographe !

     

     

     

     

7 Responsesso far.

  1. Jean-Luc dit :

    Vos récits sont tellement captivants, que j’ai l’impression d’être avec vous.
    Continuez, c’est super.

  2. céline dit :

    Profitez du froid, nous aussi il ne vient pas!
    Bon coup de pédales, et belles rencontres.

  3. Julien Rouzé dit :

    Ayéééé !! J’ai tout lu ! Ce récit est transportant, félicitations à tous les deux.
    Sinon « ceintures périphériques concentriques », on essaie du faire du gringue à un spécialiste du Génie Civil ??
    Ravi de voir que malgré les galères, les infos contradictoires et les contretemps vous gardez le moral !

    Je vous embrasse*

    J.

  4. benji dit :

    coucou les amis, bon et bien ça fait bien plaisir de lire votre récit les pieds en éventails sur mon canapé…
    A lire votre périple, je reste persuadé que la chine en vélo est un régal…j’envisage un voyage très prochainement…
    Non plus sérieusement, c’est génial de suivre votre voyage écrit d’une main de maître, d’admirer votre courage qui vous permet de déplacer les montagnes et emprunter les tunnels…

    Comme dirait Lao Tseu :有沒有辦法幸福快樂就是這樣,

    autrement dit: « Il n’y a point de bonheur vers le chemin, le bonheur c’est le chemin »

    Bon j’ai traduit pour cette fois mais va falloir s’y mettre maintenant, bordel !

    Allez, on est fière de nos 4 pattes à deux roues… Joyeux noël, force et robustesse et bises à tous les deux.

    Ps: Ju est toujours aussi nul au tarot…

  5. Damien (toutdanslessacoches) dit :

    Salut à vous deux,

    Bien heureux de vous lire à la sortie de cette partie un peu scabreuse. On a bien aimé reparcourir cette route à travers votre récit un an après y avoir laissé qq plumes sur ces nombreux cols. A l’époque on avait pas eu la chance de pouvoir prendre les tunnels dont vous parlez (sauf le 1er en venant de Yann), ils étaient encore en construction et interdit…On avait levé le bras 2 ou 3 fois pour monter dans quelques bétaillères et accélérer un peu (sur la partie lihtang shangrila bien qu’elle etait plus sympa que la 1ere partie dailleurs). Vous avez bien raison de tirer rapido vers le sud en tout cas. Ap shangrila si vous avez le temps de passer par bashutai plutot que de prendre la grosse route qui mène à lijang je pense que c’est plus sympa (en tout cas ça roule 3 fois moins et c’est bien pittoresque, par contre ça doit grimper plus), mais qd vous lirez mon message vous serez déjà peut être à lijang voir encore plus loin…

    Bonne route, on vous suit, dans pas longtemps c’est short + tong!

    Marie et Damien

  6. Valque dit :

    Encore un beau récit plein de piments. Même avec vos moments de découragements vous avez une réelle force en vous. En attendant le père noël n’est pas encore prêt de vous rattraper!!! Continuez de profiter à fond de ce magnifique périple.

    On pensera à vous avec le champagne!!!

  7. Jean louis et huguette dit :

    Nous vous souhaitons un très bon Noël bien différent du notre
    Nous penserons bien à vous

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