• Sur les route thaïlandaises (partie 2)

    Le lendemain les éléments s’enchainent plus simplement et le moral remonte. Anais discute avec un vendeur alors que l’on attend le bus. Vu qu’il parle anglais elle aimerait un peu d’aide pour traduire certaines phrases en thaï mais le jeune homme lui répond qu’il ne sait pas lire. Il finit par nous parler  du tsunami de 2003. Il nous raconte qu’en voyant des gens courir, il a couru lui aussi vers la montagne. Ils ont alors attendu là pendant 3 jours sans manger et sans savoir ce qu’il se passait. Si finalement Khao Lak n’a pas été touché, des membres de sa famille eux ont trouvé la mort quelques kilomètres plus au nord. C’est le cas de beaucoup de familles dans la région.

    De Surat Thani, on expérimente le train de nuit pour rentrer sur Bangkok. Dans les voitures couchettes les lits sont faits au fur et à mesure par le responsable du wagon. Il a le coup de main mais c’est assez fastidieux.
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    Notre plan « couchsurfing » nous ayant lâché au dernier moment, on trouve un hôtel pas cher dans Bangkok, dans le même quartier qu’à notre précédent passage dans la ville. En plus du tarif avantageux, il est dans un quartier peu touristique. Un vrai plus.

    On retrouve Michäel, Razu et son frère Marc pour découvrir l’immense marché de Chatuchak seulement ouvert le week-end. Marc nous fait découvrir les criquets et les vers grillés. Pour ceux qui sont curieux d’imaginer le goût que ces derniers peuvent avoir, d’après Nico cela ressemble à un haricot blanc ou à une fève.

    Le soir on se promène dans Chinatown qui restera très animé pendant les 3 jours autour du Nouvel An chinois : beaucoup de stand de nourritures, de vêtements et d’objets chinois. Beaucoup de restaurants proposent des ailerons de requins à des tarifs fous. Beaucoup de personnes, des femmes notamment, portent pour l’occasion des tenues chinoises traditionnelles.

    Au contraire des autres pays que nous avons traversé, les Thaïs ne portent ni tenue vestimentaire particulière ni chapeau, ce dernier était jusque-là un élément identitaire fort.

     

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    Le lendemain on visite le temple du Bouddha couché toujours en compagnie de Razu et Michaël.

     

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    En fin de journée les filles s’offrent un massage pendant que les garçons boivent une bière.

    Après 2 échecs pour faire notre visa Birman, fermé le dimanche et le lundi 8 février à cause du Nouvel An chinois, la troisième tentative est la bonne. On passe donc la matinée de mardi à déposer notre dossier. L’après-midi sera consacrée au bricolage de nos vélos et le soir, on retrouve Razu et Michaël dans l’appartement de Marc, au 19eme étage d’un immense immeuble. En regardant par la fenêtre, il est étonnant de se trouver encore très bas par rapport aux gratte-ciels alentours. Nouvelle expérience culinaire : l’œuf de 100 ans. Il s’agit d’un œuf fermenté. Une bouchée nous suffira ! On passe une super dernière soirée avec nos amis, et on se donne rendez-vous en France, dans 9 mois…

     

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    Le mercredi nous avons rendez-vous avec Sacha, le warmshower qui nous avait gardé les vélos pendant notre séjour dans le sud, pour découvrir le poumon de Bangkok, au sud de la ville. On roule quelques kilomètres avant de rejoindre un petit embarcadère et prendre une barque qui nous amène sur une presqu’île verdoyante et peu habitée. Cela fait bizarre de se retrouver dans un endroit si calme, si proche de Bangkok. On évolue sur des passages surélevés et au-dessous de nous, dans les marécages on aperçoit des varans plus ou moins gros.

     

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    On fait ensuite un tour au marché avant de rentrer à l’hôtel. Ce grand marché central au sud de Sukhumvit est animé toute la journée. Selon les heures, les candidats à la sieste sont nombreux, derrière ou sur les étals.

     

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    Le lendemain, nous quittons Bangkok, avec quelques difficultés : Notre hôtel se situe dans une cour, et celle-ci a un immense portail qui est fermé lorsque nous voulons sortir. Nous tapons à toutes les portes de la cour, appelons l’hôtel (il n’y a personne à la réception), fouillons le bureau pour trouver des clés….sans succès ! Heureusement qu’à 6h30, soit 30 minutes avant le départ de notre train, une personne souhaite elle aussi sortir de la cour. Elle passe un coup de fil et quelqu’un vient nous ouvrir. Nous filons à la gare, et arrivons à temps pour sauter dans le train, direction Phitsanulok.

    On est finalement parti un peu en retard et arrivons par contre bien en retard à destination. On  a juste le temps de parcourir une vingtaine de kilomètres avant que le soleil décline et qu’on demande l’hospitalité dans un temple. On nous désigne un abri et on y accroche nos hamacs. Ce sera notre première nuit dedans. Les bonzes sont au petit soin. On nous amène à boire, à manger et on vient même nous installer un néon. Au moment de partir, on croise certains moines de retour de l’aumône ou « Tak Bat ». Certaines offrandes nous sont alors transférées : gâteaux, poisson, soupe, et une énorme pastèque. Au moins 3 kilos… tractée finalement toute la journée puisque nous n’avons pas eu l’occasion de la manger.

     

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    On était tenté par un melon et le vendeur nous en a offert un deuxième que l’on a rangé à côté du petit ananas acheté la veille. Quand on pense que pendant les préparatifs du voyage on se demandait si les ciseaux ne ferait pas double emploi avec les couteaux pour limiter le poids.

    L’après-midi, on visite le parc historique de Sukothai, beaucoup plus agréable que celui d’Ayuttaha.

     

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    Pour le couchage on ne jure plus que par les temples en Thaïlande et ce soir encore on tente notre chance. Le « father-monk » est en train de procéder à une cérémonie : il fait couler de l’eau sur un homme au crâne rasé, entouré de ses proches, qui est ainsi fait moine. Moine-soldat, d’après ce que nous explique sa cousine puisqu’il est militaire et qu’il va retourner dans sa caserne. La religion sait se montrer souple sur certains aspects…

    On pensait qu’il fallait que l’on s’installe dans le jardin de ce qui semble être une école, mais au bout de quelques minutes, une jeune femme, qui s’avère être la maîtresse, arrive et nous ouvre l’école. Un homme nous apporte oreillers et draps propres. Le bâtiment dispose d’une double salle de bains, de toilettes, d’une cuisine, d’un filtre à eau, d’un ordinateur et d’une autre pièce, fermée par des moustiquaires, qui nous servira de chambre. What’ else ?

     

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    Le soir, au moment de sortir le petit bout de jambon qu’il nous reste, gentiment ramené par Ju et Sarah : « C’est toi qui a le jambon ? », « non, c’est toi »… On fouille à fond nos sacs. Il n’y est pas. On imagine alors, que pendant la nuit précédente, des chiens qui tournaient autour de notre bivouac ont profité de notre sommeil pour se régaler avec notre précieux bien. On est dégouté. Cela jette un froid dans la soirée. Si vous pensez cela exagéré, passez 4 mois sans manger de charcuterie, et vous verrez…

    On fait le plein de sodas au magasin en face et on laisse le tout dans l’école. On traine un peu au café le matin, pareil à midi, et il est déjà tard lorsque l’on s’attaque au vrai dénivelé. A 17h, comme il nous reste encore plus de 15km avant le prochain village, on décide de tenter de s’accrocher à l’arrière de camions. La première fois que des cyclistes nous ont parlé de ça on s’est dit que l’on avait été « cons  » de ne pas l’avoir fait au Tibet.

    Rapidement un « client » arrive. Il n’avance pas beaucoup plus vite que nous. Peut-être 5 ou 6 km/h maximum. Le chauffeur nous fait signe que l’on peut s’agripper. Le problème c’est qu’il s’agit d’un semi + remorque et qu’il n’y a pas moyen de s’accrocher à la remorque. Nico parvient à attraper une belle poignée sur le côté entre le camion et la remorque. Anais rate son premier essai et voyant que le camion commence à la distancer, accélère et s’accroche in extrémis. Un peu tard, bras tendu, et avec une telle pente, le poids du vélo à retenir avec un seul bras est énorme. Le vélo commence à louvoyer et voyant bien qu’elle ne parviendrait pas à le stabiliser Nico lui crie de sauter sur le côté. Le chauffeur, bien qu’attentif, n’a pas le temps d’arrêter son camion avant que la première roue de la remorque ne vienne mordre l’arrière du vélo. On le dégage et constate les dégâts. Cadre cassé, roue explosée, dérailleur arraché, pédalier tordu, porte-bagage plié. On accuse le coup.

    Quelques minutes plus tard, un Hummer de l’armée s’arrête à proximité. Le chauffeur du camion a dû les prévenir. Ils nous prennent en charge, arrêtent un pick-up pour y charger nos vélos et nous amènent jusqu’à leur campement, en bord de route. Ils nous offrent, à boire, à manger et un lieu pour dormir dans un container aménagé. On est complètement déboussolé, réalisant peu à peu que ça aurait pu se finir bien plus mal. On réfléchit à la suite et l’on pense tenter notre chance vers la frontière, à MaeSot :  au mieux il y a un magasin où l’on pourra réparer, même de manière provisoire, au pire on a vu qu’il y avait des bus directs pour Bangkok.

    Il est assez difficile de communiquer avec les militaires : malgré « google translate », les traductions ne sont pas vraiment fiables. On nous montre par exemple ce type de phrase : « the police is gluten free ». Bref, on se débrouille quand même !

    La soirée est un peu étrange tant les sentiments se mélangent. Fatalisme, regret, colère de s’être accroché là où il ne fallait pas, et reconnaissance pour toutes ces personnes qui nous aident sans se poser de question. Une certaine culpabilité aussi d’être au centre de tant d’attentions alors qu’il s’agit somme toute d’un problème de riche.

    Au matin, les soldats nous demandent ce que l’on veut faire et immédiatement après il vont arrêter un pick-up en expliquant aux occupants que l’on doit trouver un magasin de vélo à MaeSot.

     

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    Après 1h de route, on arrive en ville. Le chauffeur de pick up et les deux passagers prennent le temps de nous déposer au bon endroit, après avoir fait le tour de 5 magasins de vélos différents. Le patron jette un œil à l’épave et semble confiant. On reprend espoir !

    On trouve une guesthouse bon marché et on passe l’après-midi à déambuler dans cette ville frontière. On se croirait un peu à Andorre, avec pleins d’énormes magasins où les birmans viennent faire leur course avant de retourner dans leur pays. On croise pleins d’ethnies différentes, et découvrons le style birman : les hommes portent le longyi et femmes et les enfants s’enduisent le visage d’une pate jaune : le thanaka. La ville est aussi connue pour ses marchands de pierres précieuses, et moins valorisant, son grand nombre d’ONG qui prennent soin des 9 camps de réfugiés dispatchés le long de la frontière.

    Le lundi matin nous retournons au magasin de vélo. Le propriétaire nous dit pouvoir recevoir un cadre neuf dans 2 jours. Parfait ! Pour être sûr de la taille, il appelle un ami à lui, Youn, qui arrive quelques minutes après. Nous sympathisons avec ce cyclo qui nous propose de venir camper dans son jardin les quelques jours à attendre à Mae Sot.

    Chez lui, nous faisons la connaissance de Luis et Jen (http://bangkokbarcelonaonfoot.com/), deux randonneurs qui ont prévu de faire le trajet Bangkok-Barcelone en marchant en 3 à 5 années.

    Youn nous chouchoute : il démonte le vélo d’Anaïs pour ne garder que les bonnes pièces, nous amène au restaurant et visiter un temple… Sa femme est aussi très généreuse : elle nous ramène les petits déjeuners et un diner à emporter !

     

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    Nous passons toute la journée du mercredi au magasin de vélo à voir se monter les anciennes pièces sur le nouveau cadre. Nous profitons ensuite de notre dernière soirée en Thailande pour manger notre plat favori : les pates sautées à la sauce soja, ou « fried noodles ».

    Le jeudi matin, Youn nous amène prendre le petit déjeuner dans un café birman qu’il affectionne. Il passe ensuite à son magasin, offre à Nico un longyi (jupe birmane que portent les hommes et les femmes qui ira très bien avec sa nouvelle chemise hawaïenne orange!!) puis nous amène jusqu’à la frontière. On fait nos adieux à Youn, et on quitte la Thaïlande, bluffés par autant de gentillesse.

4 Responsesso far.

  1. Lise et dam dit :

    Merde, on est de tout coeur avec vous pour le velo. Jespere que tout est reglé … courage pour la suite.

  2. Marinou dit :

    De tout coeur avec vous!!!!
    Pleins de bisous, courage pour les moments durs!

  3. dominique dit :

    Effectivement un coup dur mais avec de vraies rencontres. Finalement beaucoup de chance car un vélo bien réparé et aucun problème physique. Sinon toujours aussi heureuse de suivre ce beau voyage.

  4. Béa dit :

    C’est toujours un plaisir de vous lire, merci de nous faire partager vos émotions et ces belles photos. Vivement la suite… Bon courage! Bisous

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