• Birmanie (partie 2)

    Arrivés à la gare de Shwenyaung vers 17h, nous enfourchons nos vélos et sortons rapidement de la ville. L’hospitalité nous est refusée dans 2 temples par peur de la police. On se trouve donc un endroit un peu à l’abris des regards pour passer la nuit.

    Le lendemain matin nous roulons jusqu’à Nyaung Shwe, la ville d’où partent les bateaux pour parcourir le lac Inle. Les touristes qui souhaitent accéder aux environs du lac doivent normalement payer une taxe de 10 000 Kyat (environ 8$). Par chance, la route que nous prenons ne passe pas devant un des péages.

    Nous prenons une barque pour 3 heures de navigation sur le lac qui nous permettent d’approcher quelques spécificités de cet endroit. A l’extrémité de leurs embarcations, les pécheurs parviennent à coincer une pagaie avec une de leurs jambes pour ramer et s’équilibrer tandis qu’ils remontent les filets à 2 mains. Ils donnent l’impression de danser sur l’eau.

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    On passe devant des jardins flottants, où l’on cultive des tomates avant d’atteindre un important village flottant disposant de plusieurs manufactures. Nous avons l’occasion de visiter un atelier de tissage où l’on fabrique des tissus en coton, soie et lotus. C’est intéressant de voir comment le fil est extrait du lotus, en coupant la tige en deux.

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    Nous découvrons également une fabrique de bijoux en argent, puis un atelier de confections de cigares.

    Après ces visites, nous reprenons nos vélos direction Bagan. La route monte jusqu’à un plateau à 1 300 mètres d’altitude, connu des voyageurs pour ces beaux treks. Mais les paysages sont très secs, et il semblerait être plus intéressant de découvrir la région juste après la saison des pluies.

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    Arrivés à Heho, on nous accepte pour la nuit dans un temple. Une première au Myanmar. On installe nos hamacs sous un bâtiment sur pilotis juste à côté du terrain de foot-volley où les moines excellent. Le haut du filet se situe un peu au-dessus au niveau du visage et pourtant les joueurs arrivent à faire des smashs avec les pieds, et même à bloquer des attaques avec la plante du pied.

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    Les petits moines viennent s’agglutiner autour de nous et nous observent faire à manger. Ils aiment qu’on les prennent en photo. L’un d’entre eux retient notre attention. Il est très curieux de la manière dont les choses fonctionnent. Comment marche la boite à musique ? Pourquoi pomper sur la bombonne de notre réchaud ? etc.

    Trois petites filles viennent également nous voir et restent un moment avec nous. Leur père arrive et nous propose de venir boire un coup dans leur maison, juste à côté du temple. Nous nous rendons dans la toute petite maison en bois. On nous sert un verre d’eau. Les voisins, qui sont pour la plupart de la famille, arrivent. On nous propose alors de dormir dans la maison des grands parents, juste derrière celle où nous nous trouvons. Nous acceptons, et une petite dizaine de personnes vient nous aider à ranger nos hamacs et à tout ramener chez les grands parents dans un esprit de fête. La grande famille nous observe alors finir de préparer notre repas, et manger. Nous échangeons autant que la barrière de la langue le permet. C’est un moment très agréable.

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    Puis, la porte s’ouvre, 2 personnes entrent et disent quelque chose en Birman. Les visages se ferment. Quelques instants plus tard on nous montre un papier écrit en anglais « vous ne pouvez pas rester ici, c’est dangereux, vous devez aller à l’hôtel ». D’un coup, il faut faire vite, on nous presse à ranger nos affaires, et une dizaine de personnes nous amène à l’auberge. Le trajet dure un peu moins de 10 minutes. Certains se répandent en excuses pour cette situation, d’autres donnent l’impression de chercher à animer la marche comme pour refouler la peur ou sont simplement excités de participer à ce type d’évènement.

    Nous savions que les birmans n’ont pas le droit d’accueillir des étrangers chez eux. Au vu du classement de ce pays en matière des droits de l’homme, nous imaginons les graves ennuis qu’ils peuvent avoir avec la police s’ils le font. Mais vu qu’ils nous avaient invité et avaient insisté… on n’allait pas refuser.

    A l’auberge, on nous prend nos passeports pour aller nous inscrire à la police. Le père de famille qui nous avait invité à l’air désolé de la tournure des évènements et se force à garder la face. Anaïs est bien triste de la tournure des évènements et d’imaginer toutes les privations de liberté que ces personnes peuvent subir. Malgré cela, c’est le peuple le plus souriant que l’on ait rencontré depuis le début de notre voyage. Peut-être que le fait de voir des étrangers dans des endroits reculés leur donne espoir que leur situation évolue dans le bon sens.

    Il nous revient en mémoire un documentaire, que nous avions regardé à Yangon, « Laogai, le goulag chinois ». Il y aurait en Chine, 4 millions de prisonniers, 1 millier de camps disséminés à travers tout le pays, aux abords des villes. Les pensionnaires sont pour la plupart des opposants au régime, forcés aujourd’hui à travailler dans des prisons-usines dont la production inonde nos marchés occidentaux. Au départ ces esclaves ont largement participé à la modernisation ou à la création des infrastructures du pays, comme les routes.

    Il est presque certain que nous sommes passé à côté de ce genre de complexe, lorsque nous étions en Chine, sans savoir de quoi il s’agissait. Nous nous rappelons qu’un soir nous avions emprunté une route en travaux sur laquelle le nombre de travailleurs et le peu d’entrain qu’ils accordaient à la tâche, peu passionnante, nous avait interpellé. Mais sans plus.

    Notre œil n’est pas exercé, pas plus que ne l’est notre cerveau, pour voir et comprendre tout ce que l’on a sous les yeux. Nous regardons le monde à travers nos lunettes occidentales, tentés d’appliquer notre grille de lecture lorsque des situations trop étrangères se présentent.

    Au matin, alors que nous nous préparons à partir, le père de famille chez qui on était la veille vient nous dire au revoir. C’est un moment très émouvant, même si ne nous pouvons que très peu communiquer par la parole. Il vient s’assurer que nous n’avons pas eu de soucis pendant la nuit. Nous le quittons le cœur lourd.

    La route monte jusqu’à Kalaw, situé à 1300 mètres d’altitude. Sur la route, on passe encore devant des femmes qui secouent des bols en fer remplis de pièces ce qui nous fait penser à la pièce de théâtre « l’avare ». Elles récoltent des donations pour le fonctionnement ou la construction de leur monastère. Il y a parfois des affiches avec le projet, en général un stupas (une espèce de pyramide dorée) plus ou moins haut.

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    Nous avons très chaud pendant la journée, et il est très appréciable de pouvoir remplir nos gourdes dans des jarres en terre cuite qui maintiennent l’eau au frais, mises à la disposition par les habitants.

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    Nous profitons d’une belle descente, dans laquelle nous doublons quelques camions. En fin de journée, après avoir été refusé dans un temple, nous cherchons un endroit a l’abri des regards pour pouvoir bivouaquer. Nous avons entendu plusieurs histoires de cyclos qui se faisaient dénoncer à la police car ils campaient. Il semblerait que les habitants soient « incités » à les dénoncer.

    Le problème, en Birmanie, c’est qu’il y a toujours un Birman qui sort de l’endroit le plus improbable. Et si un sentier existe c’est qu’il est utilisé. Nous trouvons un emplacement et nous nous dépêchons de faire à manger, nous ne sommes pas très loin de quelques habitations et ne pourrons donc pas trop utiliser de lumière quand le soleil se couchera.

    Après un déjeuner à Meiktila, on tombe sur un « bateau-poule géant dorée ». L’édifice laisse un peu perplexe. Ce n’est pas le premier que l’on voit. Si la symbolique nous échappe complètement, au moins ça nous fait bien rigoler.

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    Les deux jours suivants se passent sans péripéties particulières à part la première crevaison de Nico en sortant d’un bivouac (après plus de 5 000 km). Des épines de plusieurs centimètres jonchent le sol. Cela nous prend un peu plus de temps que prévu car, un problème n’arrivant jamais seul, notre pompe décide de rendre l’âme également. Incapable d’envoyer plus de 1,5bar, juste au-dessus de la pression atmosphérique.

    Nous arrivons à Nyuang U, la ville la plus proche du site de Bagan, sans avoir à payer les 25 000 kyats pour l’accès au site. C’est à peine si l’on a remarqué la guérite à l’entrée de la ville. Visiblement les autorités n’ont pas vraiment imaginé que l’on puisse y accéder autrement que par les moyens de transport classiques destinés aux touristes. Nous trouvons une auberge de jeunesse et profitons de la fin de journée pour nous laver, faire notre lessive et donner quelques nouvelles.

    Nous découvrons le site archéologique de Bagan au petit matin. On avait décidé d’arriver un peu tôt pour bien choisir « notre temple » depuis lequel on pourrait assister au lever du soleil. Nous admirons l’envol de montgolfières au-dessus du site.

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    Nous passons le reste de la journée à visiter quelques-uns des 3000 temples du site.

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    A notre grande étonnement, la grande majorité des visiteurs sont des touristes birmans, qui vont de temples en temples au pas de course, « à la chinoise ».

    En retournant à l’hôtel, c’est au tour d’Anaïs d’avoir sa première crevaison. Une belle épine, récupérée dans les chemins sableux du site, qui s’est cassée dans le pneu. Aiguille, pince à épiler et 30 minutes pour en venir à bout.

    Le lendemain matin nous partons direction Tamuu, la seule frontière avec l’Inde ouverte aux touristes. Pour la traverser, nous avons dû payer la modique somme de 80$ chacun pour recevoir un droit de passage qui n’est valable qu’un jour, à déterminer 20 jours à l’avance. Assez contraignant, donc !

    Le long de la route que nous empruntons, les paysages sont aussi secs que les jours précédents. Il y a de nombreux péages, qui semblent plus ou moins officiels : parfois il s’agit seulement d’une personne qui tend la main, le long de la route. Heureusement c’est gratuit pour les vélos !

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    Dans 2 villages on assiste à des processions.

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    On est invité un matin à nous reposer dans un « café » le long de la route. Comme souvent, les petits commerçants proposent aussi du Betel, sorte de chique, qu’il confectionnent et vendent sur place.

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    A partir de la fin du 2eme jour, les paysages sont plus vallonnés avec de bonnes pentes, 10 à 15%. On n’avait jamais vu ça. Avant d’attaquer un premier col à 800 mètres, à la sortie d’un village, des femmes nous proposent de venir manger sous un chapiteau qui venait d’accueillir une cérémonie religieuse. Ceux qui ont des smartphones nous prennent en photo sous toutes les coutures : il faut poser en train de mettre la cuillère dans la bouche, en train de mâcher… Puis c’est le tour de la séance photo devant une affiche : chaque personne vient une par une poser entre nous deux !

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    Une fois notre devoir de star terminé, nous attaquons la côte…et quelle côte !! Nous redescendons dans la vallée et trouvons un endroit caché pour passer la nuit.

    Le lendemain, la même cote que la veille nous attend, sauf que cette fois-ci on la fait au lever du jour, ce qui la rend un peu plus supportable que celle de la veille, car il fait moins chaud. Les scooteurs s’arrêtent pour nous voir monter.

    Après être redescendus dans la vallée suivante, nous nous arrêtons dans un village prendre notre deuxième petit déjeuner. C’est devenu un classique. Ce matin-là on a la chance de trouver des samossas. Plusieurs personnes viennent nous parler dont un homme qui parle mieux anglais que les autres. Il nous propose de passer chez lui en partant pour nous parler de la route à emprunter.

    Nous le retrouvons quelques minutes après avoir quitté le restaurant, il nous attend en scooter un peu plus loin et nous conduit vers sa maison sur pilotis qui est encore en construction. Il nous explique qu’il est Catholique Baptiste, et que l’église lui fait construire une maison dans ce village. Sa famille doit le rejoindre à la fin des travaux, d’ici quelques jours. Il se définit comme un missionnaire et nous explique que la première année sera seulement consacrée à s’intégrer à la population locale, majoritairement bouddhiste, et que le vrai travail de conversion ne commencera qu’après. Du prosélytisme plutôt musclé. Moins d’heures après l’avoir quitté on reçoit un email de sa part avec comme objet « greetings from Jesus » !

    Nous apercevons des gens sur des plateformes au sommet des palmiers. Lors d’un arrêt dans un bouiboui, on nous fait gouter une « bière » locale, bien amère qui s’avère être produite à partir de palmier.

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    La route est toujours aussi vallonnée avec des pentes bien raides. 20 km avant Gangaw, on craque et on arrête un camion qui nous amène dans la petite ville. En son centre on traverse un grand terrain vague qui ressemble à une rivière asséchée et qui sert plus ou moins de parking. Le copilote nous explique qu’il s’agit de l’aéroport !

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    Après avoir traversé Kalaymio, la route est enfin plus adaptée au vélo, les paysages sont plus verts et on peut se laver dans une grande rivière boueuse sous le regard étonné des enfants.

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    On prend ensuite la « Indian Myanmar Friendship road » qui mène à la frontière et qui traverse des camps militaires pendant une trentaine de kilomètres ! On traverse aussi beaucoup de camps de réfugiés, dont plusieurs en construction. On apprendra plus tard qu’il s’agit de logements pour les personnes victimes de fortes inondations l’année passée. On a le sentiment que ces baraquement ont vocation à être les nouveaux lieux de vie des habitants.

    Pendant cette longue revue des campements on prend conscience ce qu’il y a derrière le mot de « réfugié ». A force d’entendre ce mot dans les média, il s’était « déshumanisé ». Souvent associé à des chiffres, à des problèmes ou tout simplement banalisé et vidé de son sens. Pendant ces quelques kilomètres on a vu des personnes qui essayaient de reconstruire une vie dans ce qui allait devenir leur village et où il n’y a avait encore rien quelques semaines plus tôt. C’était des individus en tous points identiques aux autres birmans que nous avons vu jusqu’à présent mais eux avaient été au mauvais endroit au mauvais moment.

    Pour notre dernière nuit de bivouac, nous tentons notre chance dans un monastère et le moine nous ouvre les portes d’un bâtiment avec une petite terrasse. On y est très bien !

    Le soir vers 21h30 on a droit à des essais de sono mais heureusement cela ne dure pas longtemps. Le matin, premiers coups de tambour à 4h30 puis à 5h30 avant de mettre la musique à fond à 6h30.

    Il ne nous reste que 40km à parcourir aujourd’hui, alors on prend le temps de se faire des pancakes avec du Nutella que l’on se trimballait depuis la Thailande. Quel luxe ! 4 petits curieux viennent nous observer. On leur offre des pancakes mais, visiblement, ils n’aiment pas ça : ils lèchent le miel qu’il y a dessus sans manger le reste. Quel gâchis !

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    Juste avant Tamuu, la ville frontière avec l’Inde, on est arrêté à un checkpoint. On nous demande d’où on vient et où on va ? La réponse nous semble pourtant être à la portée de n’importe quel observateur. Satisfait de notre réponse, le militaire tient à nous préciser qu’ici au Myanmar il faut rouler à droite. On en reste bouche bée. Merci, mais après 1 300km dans le pays, on avait remarqué !

    Pour notre dernière nuit en Birmanie, on s’offre une guesthouse. La seule de la ville autorisée pour les étrangers. Il y a seulement de l’électricité entre 18h30 et 23h30. On y rencontre Tristan et Tom, 2 français qui viennent de passer 1 an dans les tribus de Nouvelle Calédonie. On passe la soirée et la matinée du lendemain avec eux avant de se diriger vers la frontière indienne.

7 Responsesso far.

  1. Brice dit :

    Encore un super article, et je tiens à signaler que la chemise de NICO est resplendissante.

  2. Marinou dit :

    Super article; dur dur les conditions de vie ailleurs, enlevons donc nos lunettes d’occidental pour y voir plus clair!!
    Magnifiques ces montgolfières!! J’aurai tellement aimé voir le match des moines 😀 !!
    Bisous doux, et au plaisir de recevoir des nouvelles de vos prochaines péripéties!!

  3. anna dit :

    Magnifiques photos et temoignages comme toujours!! J’ai passé une heure à vous lire avec plaisir et à m’évader du bruit du TGV Paris Montpellier (beaucoup moins exotique!!) 🙂
    D’énormes bisous à vous deux et bonne route en inde

  4. Jean louis et huguette dit :

    Votre article est très intéressant et nous avons plaisir à voir que vous semblez rebondir rapidement à chaque nouvelle situation.
    QUELLE EXPÉRIENCE!
    Bises envoyée de dans nos pantoufles de nantis

  5. fabrice dit :

    les routes du sud de la Birmanie semblent bien loin maintenant pour moi… et oui, reprise du boulot dans le sud Aveyron… Agréable de lire l’avancée de vos tours de roues….
    Au plaisir de vous revoir autour d’un bon plateau de fromage et d’un bon rouge :))

  6. Soizic dit :

    Des bises de l’ANRS !! C’est toujours très sympa et dépaysant de vous lire !!

  7. Berty dit :

    a fait du bien de lire tt ça!!

    PS pr Nico: Y a pas à chi.., avec ta chemise tu ressembles vraiment au meilleur grimpeur du tour

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