• Manipur, Megalaya et Bengale Occidental

    Nous traversons le pont qui sert de frontière et arrivons en Inde. Nous sommes accueillis par un militaire qui nous demande d’où nous arrivons…. toujours cette question étrange qu’on nous pose à chaque frontière. Nous répondons « de Birmanie » !

    Nous sommes désormais au Manipur, un des 7 états du nord-est de l’Inde, surnommés les « seven sisters » car très excentrés et très différents du reste de l’Inde.

    Les villes sont beaucoup plus anarchiques et sales que du côté Birman, et les faciès des gens bien différents. Beaucoup ont la peau plus foncée. Les hommes portent la moustache. Les longis ont disparus et on découvre des hommes qui portent le turban.

    Les camions sont aussi très différents et sont tous customisés :

     

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    Sur la route nous croisons des camions plutôt chargés !

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    Mais Dieu veille sur eux !

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    Nous passons une pancarte « les étrangers ne sont pas autorisés après ce panneau », certainement un vestige de l’époque où les étrangers ne pouvaient pas passer la frontière, il y a un peu plus d’un an. Nous sommes arrêtés à un check-point, le plus sérieux que nous ayons eu à passer. Un mirador domine la scène. On distingue très clairement la mitrailleuse lourde qui pointe la route. Et puis les dispositions plus classiques : militaires aux armes de guerre variées, barrières, sac de sables, etc. Sur un parking improvisé, les soldats fouillent les véhicules de fond en comble. Ça prend pas mal de temps au vu de la file d’attente.

    C’est notre tour. On se fait contrôler les sacoches. D’après ce que nous dit un militaire parlant anglais, ils cherchent des armes et de la drogue. Comme on n’a pas vraiment la tête du client et qu’ils l’ont bien vu, on a l’impression qu’ils souhaitent davantage satisfaire leur curiosité : Ils restent longtemps à contempler un paquet de fraises Tagada (qu’on a depuis le début du voyage et qui ne ressemble plus trop à grand-chose). Ils sentent le sel et les épices, passent en revue le matériel technique, etc. La fouille est finalement abrégée après qu’un militaire ait demandé à Anaïs « what is it ? » en montrant un tampon…

    Le soir, après une interminable montée, nous nous arrêtons dans un petit village à 900m d’altitude où nous sommes accueillis par une famille, qui nous propose de dormir chez elle. Nous arrivons à communiquer en anglais avec un des fils. Dans cette partie d’Inde, il y a beaucoup de tribus et autant de langages différents.

    Fini l’angoisse de devoir se cacher pour camper comme c’était le cas chaque soir en Birmanie. De plus, le fait que quelques personnes parlent anglais est très appréciable : depuis le début de notre voyage c’est la première fois que cela nous arrive lors de contacts à la campagne et nous sommes contents de pouvoir échanger et comprendre un peu mieux ce qui se passe autour de nous.

    La petite maison est construite en torchis. Pour accéder à « nos lits » nous traversons la pièce principale, sobrement occupée par une télévision et un banc. La chambre est prévue pour 6 personnes. On nous octroie 2 petits lits à baldaquins et moustiquaires, davantage prévus pour accueillir les 2 sœurs qu’un français d’un 1,85m. Nico dormira un peu de biais pour qu’il n’y ait que la moitié des mollets qui dépassent.

    Vers 19h on nous invite à partager le repas. Ce soir nos hôtes reçoivent également toute une congrégation religieuse. Une vingtaine de personnes se retrouve assise autour du salon, hommes et femmes séparés, se faisant face. On a le droit à un traitement de faveur puisque l’on nous a installé sur une petite table et que l’on nous avait préalablement demandé si l’on préférait manger du chien ou du poulet ! Après le bénédicité, dans une langue inconnue, une bassine d’eau passe entre les convives pour se laver les mains. On doute de l’efficacité du procédé mais on trempe aussi nos mains. C’est notre premier repas indien, ce qui signifie manger avec les doigts, et cela n’échappe pas à l’assemblée qui nous propose rapidement une cuillère. Il faut dire qu’Anais est gauchère, main impure en Inde, donc pas très pratique pour elle d’utiliser la main droite. Nico, lui, adopte un mouvement similaire à celui d’une pelleteuse, visiblement aussi surprenant que drôle. Sa voisine, Rita, lui montre comment utiliser le pouce pour pousser les aliments dans la bouche. Ça va rapidement mieux et on termine nos assiettes de manière traditionnelle.

    A la fin du repas, on nous invite à passer dehors pour nous laver les mains et on poursuit la discussion avec les convives. Lorsque cela tourne autour de la religion on essaie de changer de sujet le plus souvent. C’est plus difficile lors de questions directes, comme lorsque l’on demande à Nico combien il y a de fidèles dans sa paroisse… « Euh, one hundred… more or less ». Heureusement ils ne sont pas trop insistants.

    Les personnes s’appellent entre elles « brother » et « sister » mais on n’est pas franchement familier de tout ça. Aussi Nico est un peu perdu au réveil lorsqu’on lui demande « where is your sister ? ». Qui ça ??? « Sister Ana ». « Ahhh, elle ! ».

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    Au matin on partage un thé et faisons nos adieux à toute la famille. Il nous reste 2 heures de grimpettes avec d’attaquer la grande descente. Et comme prévu par notre hôte le vent se lève après le passage du premier col. Comme la veille, les check-points sont nombreux, mais heureusement ils ne nous demandent pas de vider nos sacoches. En chemin nous croisons beaucoup de militaires plutôt bien armés puisqu’en plus des fusils et mitraillettes en tout genre, on en voit un avec un lance-roquette…

    Les forces de l’ordre ne sont pas beaucoup plus détendues dans la vallée. En rentrant dans la ville de Pallel, un policier nous interpelle. Il nous pose des questions assez décousues et nous invite à boire un thé (en fait c’est plutôt un ordre) dans un café (qu’il ne paiera pas). A une table voisine, le policier nous présente le directeur des services de renseignement. Il suit la discussion avec détachement. L’atmosphère est assez pesante. Une fois l’entretien terminé on se dirige en vitesse vers les vélos pour mettre les voiles mais un autre flic arrive et demande à Nico de le suivre pour prendre nos noms et numéro de passeport. « C’est une blague ? On vient de faire quoi là pendant 30 minutes ? »

    Une fois assis à une table au commissariat, le policier est rapidement rejoint par le directeur du renseignement. Noter le numéro de passeport n’était donc qu’un prétexte pour nous poser à nouveau toute une série de questions. Tous les pays visités, dates d’entrées et de sorties sont passés au crible et ils posent, encore, des questions. Comme souvent, c’est du grand n’importe quoi. Ils s’attachent à des détails, passent à côté des infos essentielles, confondent des dates, et finalement recopient de mauvais numéros sur leur registre. On a perdu une bonne heure.

    Sur la route, Anaïs ne se sent pas très bien, et on fait de nombreuses pauses avant d’arriver à Imphal, la capitale du Manipur. A chaque pause, on a droit à un petit attroupement de personnes qui nous observent. On refusera au moins 5 invitations pour boire du thé, et pas uniquement parce qu’ils mettent du lait dedans, mais surtout parce que sinon on n’avance plus !

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    Arrivés à Imphal, alors que nous cherchons l’adresse d’un warmshower, un homme en scooter nous interpelle. Il tient une école et voudrait qu’on passe dans sa classe d’anglais. On le suit donc et nous nous retrouvons devant une classe très hétérogène (en âge et en niveau) composée d’une dizaine d’élèves.

    On raconte notre voyage à notre auditoire timide avant de faire une séance photo de 20 min. Un impact éducatif bien faible pour ces élèves d’école privée. Le directeur est quant à lui convaincu du potentiel commercial de notre exposé, et surtout des photos qu’il compte bien agrandir, pour vanter l’expérience internationale, désormais indéniable, de son établissement. Il nous fait également l’article de la structure : en plus de la salle de classe, il y a une salle télé et des ordinateurs. 7 postes, bien poussiéreux. De tels moyens à disposition ne pouvant que garantir le succès de l’apprentissage, toujours d’après son directeur… Les prospectus publicitaires valent également le détour. Parmi les 20 points clés du programme on sourit en lisant « theory of motivation to avoid laziness ».

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    On sort d’ici aussi amusés que déconcertés. L’éducation est véritablement un business ici, comme la santé, avec les cliniques privées qui pullulent partout. On voit de nombreuses affiches pour ces écoles promettant un avenir radieux à leurs élèves-clients usant des slogans culpabilisant pour les parents ou encore en vantant des aspects essentiels à l’éducation comme un accès à l’eau courante 24h/24h…

    On galère un peu à contacter notre plan warmshower et on décide finalement de se rendre en périphérie de la ville, dans une auberge que nous avait conseillé un cyclo espagnol rencontré au  Myanmar. Le long du trajet L’éclairage public est plutôt minimaliste. Il y a du monde partout. A pied, en vélo, en motos, en voitures, en charrettes… Ça grouille. Quelques kilomètres avant notre destination, il n’y a plus de lumières, ni trop de monde d’ailleurs. On s’enfonce toujours dans le noir quand un homme nous dépasse en scooter et nous demande si l’on cherche la Guesthouse. Il nous y conduit. Impossible de voir l’établissement de la route puisqu’il n’est pas indiqué ni éclairé. Pas d’électricité en fait. On nous montre notre chambre. Une vaste pièce, on dirait une grange, qui doit faire dans les 120m² avec 2 lits à gauche et 2 lits à droite, séparés d’un espace vide d’une dizaine de mètres.

    En sortant de la grange au petit matin, on découvre un grand jardin avec plusieurs hommes qui transportent des fleurs. D’autres sont en pause, en pleine lecture du journal. Ce dernier est éclaté sur le sol et, accroupi au sol, chacun lit la page qui l’intéresse. La guesthouse proprement dite se met progressivement en place. Les toilettes viennent d’être terminées, il y a 2 jours. L’eau « courante » provient d’une cuve située un peu en hauteur et l’eau y est envoyée via un « camion-pompe » quand le réservoir est vide.

    La guesthouse est le dernier projet en date de l’association qui vise à promouvoir la paix et la culture ancestrale de cette partie de l’Inde. Pour notre hôte cela passe par le respect de l’environnement, le développement d’une économie sociale et solidaire de proximité. Ils ont par exemple obtenu du gouvernement la gestion de la forêt alentour, ou encore la cession du terrain sur lequel se situe l’auberge en échange de l’asséchement du marais.

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    On quitte « Chamalou guesthouse » après une nouvelle nuit pour prendre un bus à destination de Shillong. Un vrai tape-cul ! Nico, allongé au fond du bus, perd trop souvent tout contact avec la banquette avant de s’écraser lourdement. Et comme les sièges ne sont pas très épais, il prend régulièrement des coups de barres dans les côtes. Difficile de « dormir » sereinement quand on décolle toutes les 2 minutes en moyenne.

    On atteint Guwati vers 2h du matin. La moitié des passagers descendent du bus. Avec l’autre moitié on essaie de fermer l’œil puisque l’on n’est plus secoué mais c’est maintenant les moustiques le problème. Des centaines se sont infiltrés dans le bus et sont visiblement morts de faims. On se protège dans plusieurs couches de vêtements. La pause nous parait très longue mais comme il y a encore une douzaine de personnes avec nous, on ne s’inquiète pas plus que cela. Après tout ce n’est pas la première fois que l’on ne comprend pas ce qu’il se passe. Anais rouvre les yeux vers 5h et constate qu’il n’y a plus personne dans le bus sauf les chauffeurs dans la cabine avant. Comme cela fait 3h que l’on n’a pas bougé on commence à se poser des questions et on tente de les réveiller. Ils sont visiblement surpris de nous voir là. Ça se présente mal. On leur montre le billet sur lequel est écrit Shillong. A leur tête on pense comprendre qu’ils nous ont tout simplement oubliés et n’avaient pas prévu de continuer le trajet. Le chauffeur secoue la tête et démarre. Tout compte fait ils nous dégotent une jeep qui part pour Shillong. Nous sommes 5 dans la voitures avec le chauffeur et montons petit à petit à 11. C’est visiblement la capacité maximale puisque le conducteur a arrêté de racoler sur le bord de la route une fois que nous étions 4 par banquettes et 3 à l’avant.

    A Shillong, on a d’abord cru arriver un jour de congrès puisque tous les hôtels nous ont refusés prétextant être complets. Celui qui nous accepte est géré par un « super-connard » mais comme c’est le 9ème hôtel que l’on sollicite, on fait profil bas.

    On y rencontre Jorja, une cyclo australienne qui voyage seule en ce moment. Elle nous explique que les hôteliers ont probablement simplement la flemme d’accepter des étrangers car cela fait de la paperasse. Pas impossible quand on y repense.

    On lui propose de nous accompagner le lendemain matin pour Cherrapunjee.

    Après une belle montée, on évolue sur des collines, attaquées par des mineurs de tous les côtés. Heureusement pour la planète, ils n’ont pas d’autres moyens que des pelles et barres à mines à leur disposition. Les hommes décrochent des rochers et les femmes, en bas, les cassent au marteau afin d’obtenir des petits cailloux de même calibre. Et c’est ainsi pendant des kilomètres.

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    La dernière partie de la route suit les crêtes et offre une vue impressionnante sur des gorges. On fait 2 haltes pour admirer des cascades avant de nous installer à Sohra, à 1300m d’altitude, dans la guesthouse « By the way ».

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    Juste avant, on tombait par hasard sur une fête traditionnelle. Les participants déguisés tournent en rond autour d’un poteau au rythme d’une musique rituelle hurlée par des haut-parleurs de mauvaise qualité.

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    On avait pensé descendre dans la vallée pour observer les ponts faits de racines sur une journée mais le gérant nous suggère de rester au moins une nuit en bas pour profiter pleinement du site. On lui fait confiance et le lendemain on prend un bus à destination de l’endroit le plus pluvieux de la planète. Il y tombe au moins 12m d’eau par an !

    Et en effet, on n’est pas encore monté dans le bus qu’une « petite » averse commence. La route sinueuse à flanc de montagne descend sur plus de 700m de dénivelé. On voit la végétation changer au fur et à mesure des 20 minutes de parcours.

    On continue la descente à pied. Des escaliers permettent de relier le village à 1h30 de marche. On croise des porteurs, chargés de sacs de feuilles ou encore d’énormes poutres en bois. Ils dégoulinent de sueur. Il faut dire que la vallée n’a vraiment rien à voir avec la colline où nous avions ressorti les doudounes. C’est plutôt tropical désormais et envahi par des papillons multicolores gigantesques.

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    Les accès aux cascades et aux « root bridges » sont payants. Les villageois ont l’autorisation du gouvernement pour demander une somme dérisoire, 10 roupies par personne, qui leur permet d’assurer l’entretien et l’organisation du site. Depuis le début de notre voyage c’est la première fois que nous voyons un exemple d’autogestion. Et à première vue cela semble être un succès, pour tous.

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    On passe des villages bien entretenus, des cascades, des ponts câblés et d’autres en racines, des eaux cristallines, et après une nouvelle grosse averse ont atteint le village de Nongriat.

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    Il reste une chambre disponible dans la « rest house » tenue par les villageois. On y accède en traversant un double pont fait de racines. La petite maison est très agréable. On y rencontre des voyageurs très différents : un couple d’anglais quinquagénaire plutôt hippy, un couple d’américains qui semble tout droit sorti d’une série télé et une jeune israélienne un peu paumée. La plupart d’entre eux sont là depuis plusieurs jours, et bien que l’endroit soit joli, il n’y a pas beaucoup d’activités. Du coup les gens s’observent et le moindre évènement, comme une nouvelle arrivée, suffit à alimenter les discutions.

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    On se lève de bonne heure et on remonte la rivière vers la Raimbow fall. On quitte la cascade et le superbe bassin bleu marine vers 11h lorsqu’arrivent d’autres visiteurs et nous remontons vers Sohra récupérer nos vélos.

    On démarre notre traversée vers Darjeeling en remontant la route que nous avions prise pour venir jusqu’ici. Premier aller-retour depuis le début du voyage. Heureusement que la route est jolie. En guise d’adieu la ville nous gratifie d’une superbe averse et on n’a pas eu le flair de s’abriter à la vue des première goutes. Erreur ! En 3 minutes nous sommes trempés.

    On met le cap à l’ouest en milieu d’après-midi et on se retrouve avec le vent en pleine figure. Tellement fort que l’on peine à installer la tente et que l’on élabore un système « d’amortisseur »  avec des tendeurs pour soulager la pression du vent sur les arceaux. Ce vent est glacial. On est obligé de s’habiller comme lorsque l’on était au Tibet.

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    Vers 22h, les voisins que nous avions salués en nous dirigeant vers notre emplacement de camping viennent nous chercher. L’endroit n’est pas « safe » et ils nous demandent de venir dormir chez eux. Comme ils étaient venus plus tôt dans la soirée nous observer nous faire à manger on se demande pourquoi ils nous disent ça que maintenant. D’autant que nous dormions depuis 1h. Ils insistent, alors on plie le camp et ils nous aident à transporter nos affaires sur les 100m qui nous séparent de leur maison. Le fils ainé, qui vient de rentrer du travail, agit en chef de famille. A 24 ans, il est l’ainé d’une fratrie de 9 enfants, et semble être le seul à travailler pour permettre aux autres d’étudier.

    Il demande à ses sœurs de nous préparer un repas même si on insiste en disant qu’on a déjà diner. La famille nous regarde manger et il y a quelques exclamations lorsqu’ils voient Anaïs se servir de sa main gauche, impure en Inde, pour se nourrir.

    L’ainé nous installe un lit dans leur future maison en chantier. Il semble désolé de ne pas pouvoir nous offrir davantage et nous explique que lui-même n’a même pas de chambre et dort dans son camion. On lui dit au revoir le soir même puisqu’il se lève à 4h30 le matin pour partir travailler.

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    Le vent s’était peut-être calmé pendant la nuit mais au petit matin il souffle déjà bien fort d’ouest en est. On apprend que la saison des vents vient de débuter pour un mois environ. Mauvais timing étant donné que l’on va encore faire cap à l’ouest pendant encore 4 jours.

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    On passe plusieurs collines, et on demande à un hôpital de campagne si on peut planter notre tente dans leur jardin, déjà occupé par des vaches. Le médecin responsable nous accueille. Comme il est chirurgien et qu’il n’y a pas d’anesthésiste en ce moment, il nous confie « qu’il n’est pas vraiment débordé ». Tu m’étonnes ! Il nous propose de nous installer au 3ème étage de l’hôpital. Cet espace, normalement dédié à l’ophtalmologie n’est pas utilisé faute d’ophtalmologue. 1 étage entier à disposition donc plus l’accès à une terrasse sur le toit de l’immeuble. On y est plutôt pas mal !

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    Le vent n’a pas changé de direction, mais on savoure le fait qu’il ait faibli peu à peu. Les décors changent puisqu’on descend en altitude de 1 700m pour se retrouver un peu au-dessus du niveau de la mer.

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    Le cricket est sans conteste le sport le plus populaire d’Inde. Les jeunes s’accommodent du moindre espace pour y jouer. Cours d’immeubles, portion de route, ou grands terrains verts pour les plus chanceux.

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    Alors que nous traversons un village bien plus peuplé que les précédents, on fait l’expérience des attroupements express et démesurés. Il nous suffit de nous arrêter quelques dizaines de secondes pour qu’un regroupement de curieux s’opère. Le point d’orgue est atteint lorsque Nico laisse Anais quelques minutes pour aller au marché. Elle se retrouve rapidement encerclée par une centaine de personnes. Un indien, moins timide que les autres, interpelle les badauds en les incitant à venir « interact with the foreigner » ! Du coup les personnes se pressent davantage, serrent la main d’Anaïs et veulent prendre des selfies avec elle. C’est très oppressant. Nico peine à fendre la foule pour regagner son vélo. Difficile de se frayer un chemin et de s’extirper de cette foule. Une fois sortis, on n’a plus qu’une idée en tête, fuir de cette ville au plus vite.

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    On arrive le matin du 26 mars à Phulbari, petite ville au bord du Brahmaputra. Dans cette vallée, on voit moins d’églises en tout genre, mais davantage de mosquées. Les hommes portent à nouveau le longis et des tenues traditionnelles musulmanes comme le qamis et on voit quelques femmes voilées ou en burqa.

    Nous devons traverser le fleuve pour se rendre à Dhuburi. On peine un peu à trouver l’embarcadère et on nous montre un bateau qui doit faire traverser jusqu’à la rive opposée, 400m en face. On nous explique qu’en cette saison l’eau est très basse et qu’il n’y a pas de traversée directe. On ne comprend pas trop combien il nous faudra prendre de bateaux au total ni à quelle heure part le premier. Le pilote ne semble pas vraiment comprendre la question ni les mimes de Nico au sujet de l’heure de départ. De toute façon on n’a pas d’autre d’option. Une fois débarqués, on doit rejoindre un autre embarcadère au-delà du banc de sable. L’ambiance est particulière. On distingue des silhouettes dispersées telle une caravane lointaine en plein désert.

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    On charge nos vélos sur le second bateau. On comprend qu’il ne partira que lorsqu’il sera plein. On patiente 3h jusqu’à ce que les clients discutent du prix de la traversée avec le capitaine. On part alors pour 3h de navigation difficile dans le courant, entre les bancs de sable.

    Nous aurons mis 7h pour traverser le fleuve et payé un peu plus d’un euro.

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    La ville de Dhuburi est la première ville indienne que nous traversons qui ressemble à ce que nous imaginions de l’Inde. Il y a beaucoup de monde, des animaux un peu partout, pas mal de saleté et des odeurs plutôt fortes. On croise quelques chèvres et chiens roses ou violets car quelques jours avant, c’était « holi », la fête des couleurs pour les hindus.

    Nous prenons un bus le soir même qui nous amène à Siliguri, où nous arrivons à 2h du matin. Nous patientons à la gare routière, attaqués par des escadrons de moustiques, jusqu’au matin pour prendre une jeep pour Darjeeling. Anaïs a des problèmes gastriques, et le trajet sinueux est un calvaire.

    Darjeeling était prisée des anglais lors de l’époque coloniale. Beaucoup d’anciens bâtiments ont disparus et la ville en elle-même n’a plus vraiment de charme. Par contre, lorsque le temps est dégagé, la vue sur le Kanchenjunga, le 3ème sommet le plus haut au monde, est époustouflante.

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    Nous passons trois jours à profiter du climat agréable de cette région et à nous reposer dans cette ville où il est possible d’avoir un peu de confort.

    Nous redescendons ensuite dans la vallée en vélo. Nous passons en une soixantaine de kilomètres de 2000 mètres à 300 mètres d’altitude par une route à flanc de montagne très étroite et très fréquentée. Nous pouvons apercevoir des champs de thé, qui font la réputation de Darjeeling, tout au long de notre parcours.

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    Nous profitons de passer dans une grande ville, Siliguri, pour tenter de réparer le petit objectif de notre appareil photo, défaillant depuis Bagan (Birmanie). Nous ne pouvons pas compter sur le service après-vente de Sony. La façade à l’européenne aurait dû nous faire présager que nous aurions un service à l’européenne : « votre objectif n’est pas démontable, il faut en acheter un autre ». A deux rues de là, nous tentons notre chance dans un petit magasin où le proprio nous répare notre objectif (qui est en fait démontable !) en moins de 24 heures…et pour une dizaine d’euros.

    Nous passons donc une soirée dans cette ville de plus de 120 000 habitants où il est cependant très difficile de trouver du wifi.

    Le lendemain, nous prenons une route très fréquentée, qui nous amène vers la frontière népalaise. Lors d’une pause le long de la route, une famille vient à notre rencontre et nous propose de venir boire un thé chez elle. Au moment de partir, la jeune fille de cette famille catholique, qui parle anglais, viens vers Anaïs et lui dit « mon grand-père aimerait que tu pries pour nous ». Anaïs lui répond « ok », pensant ainsi s’être débarrassée de cette situation délicate, mais la famille reste devant Anaïs et l’observe. Ils attendent visiblement quelque chose. Amusé, ou par lâcheté, Nico choisit de se rallier à la famille en regardant Anaïs lui aussi. Petit moment de solitude. Anaïs s’en sort en expliquant qu’en France, on prie seulement à l’église ! On dirait que ça passe. En partant ils nous donnent l’adresse d’une école où nous pouvons passer la nuit.

    Nous y sommes accueillis par un américain d’une soixantaine d’années, très sale et très bizarre, qui nous dit faire de l’humanitaire. Après nous avoir aidé à installer nos affaires dans une salle de classe, il nous montre l’écriteau au-dessus de la porte de sa chambre « clinique victoria ». Il nous explique qu’il est médecin, chirurgien et dentiste et que depuis 7 années il opère des personnes qui n’ont pas les moyens d’aller à l’hôpital. Il nous montre son « tableau de chasse », avec des photos « avant-après » d’opérations ayant réussi. On peut y voir des amputations de jambes, des ablations de tumeurs au cou, aux yeux, à la poitrine… Et lorsqu’on lui demande où il opère, il nous montre son lit !

    Apparemment pour ce type d’opération il n’y a pas besoin de grand-chose. Il nous amène une bassine contenant scalpel, ciseaux, et pince. Un flacon pour l’anesthésie locale et un autre pour la générale.

    L’activité de notre hôte est très complète car en plus d’avoir sauvé ses patients physiquement, il sauve leurs âmes en leur enseignant la « vraie » religion ! Il nous montre un dépliant avec les photos de ses opérations suivies de commentaires du genre « cet homme a attrapé une tumeur car il était bouddhiste, je l’ai opéré et il a entendu la voix du seigneur, il est maintenant sauvé car il est devenu chrétien ». Ouah !

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    Celui que nous surnommons rapidement « Docteur Maboul » (d’ailleurs, est-il réellement médecin ?) est un personnage très flippant, qui peut malheureusement avoir une grande influence sur la population de par son « rang » et le pouvoir de manipulation dont nous avons été témoin. Ce mélange permanent d’arguments scientifiques et religieux est effrayant.

    Le lendemain matin, on est bien content de quitter l’ambiance lourde et stressante de cette école-mission de témoins de Jehova, pour se diriger vers la frontière Népalaise, à 2 petits kilomètres de là.

4 Responsesso far.

  1. Jean louis et huguette dit :

    Toujours aussi agréable de vous lire. Faites des prières pour nous au Népal! !!!!!
    On peut aussi prier dans la nature!!! (petit clin d’oeil à Ana suite à sa pitouette)

  2. Valque dit :

    C’est toujours aussi agréable de lire votre périple et péripéties. Je pense que Anais est très douée pour se sortir de situation délicate. En attendant je serais Nico je me méfierais de ma sœur Anais !!! Qui risque de ne pas oublier de se moquer de lui dans une prochaine situation périlleuse. Bises et continuez à nous envoyer du rêve.

  3. Philippe dit :

    Passionnant cette partie sur l’Inde
    Bises
    Effectivement on peut prier n’importe où.

  4. NIEL dit :

    Je ne sais pas si tu auras une connexion aujourd’hui… Bon anniversaire Nicolas.Bises à vous deux
    Philippe

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