• Nepal (partie 1)

    Nous rentrons donc au Népal par la frontière de Karkavitta, tout à l’Est du pays.

    Nous prenons un bus de nuit direction Katmandou car nous préférons optimiser notre temps dans ce pays pour randonner plutôt que pour pédaler.

    Le réseau routier n’est vraiment pas top. On alterne les sections asphaltées défoncées avec de longues portions de piste caillouteuse, 2 fois une voie, cela va sans dire. Et on est bien sur la « highway » qui traverse le pays d’Est en Ouest dans la vallée. Notre chauffeur ne bifurque même pas à droite pour remonter au nord vers Katmandou mais poursuit pour faire un détour de 150km, le chemin le plus direct étant, parait-il, difficile. On a dû mal à imaginer !

    Arrivés dans la capitale, nous sommes surpris par la poussière omniprésente, et nous avons du mal à évaluer si cela est dû au tremblement de terre de l’année passée ou si elle était déjà présente avant. Des carrefours majeurs ne sont pas ou plus asphaltés. Ambiance Paris-Dakar dans la plus grande ville du pays.

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    Nous sommes accueilli par Madukar, un super warmshower, qui tient un restaurant avec sa femme Lolita, juste à côté du centre-ville. Ce quadragénaire, promeut l’utilisation du vélo dans sa ville comme moyen de transport par le biais de son club de vélo.

    Madukar prend beaucoup de temps pour nous expliquer sa culture : celle des Newaris. Ce sont les premiers habitants de la région avant les népalais. Ils ont une langue différente, des coutumes et des mets culinaires particuliers, que nous pouvons apprécier dans leur restaurant.

    Au cours de discussion il en vient à parler des problèmes de son petit pays, coincé entre deux géants, la Chine et l’Inde. Il parait qu’il y aurait un accord tacite entre les 2 géants. L’Inde ne s’intéresse pas aux agissements de la Chine au Tibet tant que la Chine laisse l’Inde s’occuper du Népal.

    Au début de l’année 2016, le Népal subissait encore un blocus de la part de l’Inde : cette dernière voulait protéger les intérêts de sa diaspora qui se sentait lésée par le projet de nouvelle constitution.

    Le Népal dépend directement de l’Inde pour le gaz et de pétrole. Non pas que l’Inde soit un pays producteur, mais parce que ces produits doivent transiter sur son territoire.

    Les effets du blocus sur la population sont impressionnants. Tous les soirs à Katmandu nous avons vu plusieurs dizaines de personnes attendre pour pouvoir acheter du gaz ou de l’essence au marché noir. Plus que de raison, puisque notre hôte nous explique que les personnes stockent ces produits chez eux, de peur d’un nouveau blocus, avec tous les risques que cela implique.

    Les habitants de la capitale n’ont accès à l’électricité que quelques heures par jour, et celle-ci est très souvent coupée à cause de saturation.

    Le pays dépend encore de l’Inde pour la plupart des produits de grande consommation. Le montant affiché en roupies indiennes sur les paquets est doublé pour devenir le prix en roupies népalaise. Avec le taux de change cela fait une hausse de plus ou moins 25% par rapport au prix payé en Inde.

    Depuis les années 1950, plusieurs traités ont été signé visant à faciliter la circulation des biens et des personnes notamment entre l’Inde et le Népal. Les indiens peuvent venir s’installer au Népal sans visa particulier. La proportion d’indiens vivant au Népal n’a cessé d’augmenter.

    La situation du Népal nous fait indéniablement penser à celle du Tibet. Il y a fort à parier que d’ici quelques dizaines la « colonisation » porte ses fruit et le pays soit « annexé démocratiquement » .

     

     

    Nous visitons Katmandou et Patan, petite ville au sud de la capitale, où nous découvrons d’impressionnants vestiges culturels plus ou moins épargnés par le tremblement de terre de l’année passée. Sur des ruines çà et là, on trouve des photos avant/après la catastrophe. Les dégâts sont considérables.

     

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    Dans la vieille ville, des madriers empiètent sur la chaussée pour retenir des maisons fragilisées. On sent bien que ce ne sera pas provisoire.

    Au Népal, comme en Inde, les petits enfants, souvent maquillés, nous font penser à des « télétubbies » !

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    Les adultes se mettent des pastilles ou de la poudre de couleur vive entre les deux yeux.

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    Madukar nous parle du tremblement de terre. Où il se trouvait lorsque cela est arrivé mais aussi et surtout comment, avec son club de cyclistes, ils aident à la reconstruction d’une école, dans un petit village reculé aux alentours de Katmandou.

    Nous restons plus de temps que prévu dans la capitale puisqu’il nous propose de visiter ce village et nous invite à participer aux festivités Newari qui ont lieu quelques jours après dans la capitale.

    Le lendemain matin on prend la direction de Nimba Gaun à une quarantaine de kilomètres de Katmandou. On est surpris par une belle côte qui nous mène vers 1 800m d’altitude. On traverse quelques villages qui ont visiblement bien soufferts du tremblement de terre. Si les bâtiments ne sont pas à terre ils sont très fragilisés. Des hommes déblaient encore des maisons comme si la catastrophe avait seulement eu lieu quelques jours auparavant.

    Parvenu en haut du col, on domine une vallée brumeuse complètement cultivée en terrasse. Peu de thé pour l’instant mais plutôt des cultures maraichères.

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    On arrive enfin dans le village et on nous conduit vers l’école.

     

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    Plusieurs hommes sont là, et il règne une petite agitation. On nous installe sur une table d’écolier au milieu de la cours, face à l’école en reconstruction. On nous passe alors une écharpe en soie blanche autour du cou puis on nous offre une fleur rouge de rhododendron, emblème du Népal. Séance photo puis moment de flottement. Personne ne sait vraiment quoi faire. C’est la première fois que les habitants reçoivent des « clients ». C’est une idée de Madukar de développer la visite des alentours et la « table d’hôte » pour aider le village à se développer.

     

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    On nous apporte du thé et on nous propose d’installer notre tente dans la « salle de classe ».

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    Peu après notre arrivée, un 4×4 fait son apparition amenant 4 Japonais vêtus de gilets sans manche avec écrit « good hands ». Il s’agit d’une association caritative venant donner des instructions sur l’utilisation de leurs dons. Par leur posture, et leur tenues, ils se distinguent vraiment des villageois. On est un peu surpris quand on aperçoit certains membres de l’équipe qui vont boire le thé qui leur est offert dans leur voiture. On a l’impression que des cadres dirigeants sont en visite dans une de leur entreprise. Un rapport de dominant-dominé est vraiment évident. Ils repartent aussi vite qu’ils sont arrivés. Cette scène vue de l’extérieur ne semble avoir « d’humanitaire » que le nom.

    Sur les bâches qui forment les murs de l’école est imprimé le logo d’une organisation américaine USAID et au-dessous « given by american people ».  De manière générale, tout ce qui a été donné au village porte le nom du donateur. Cette manière d’aider nous laisse un sentiment bien étrange.

    A 20h, on vient nous chercher pour le diner. On nous amène sur la terrasse d’une maison, complètement reconstruite et on nous sert du riz et du dal (sauce avec des lentilles). On nous montre ensuite une maison dans laquelle on peut venir s’abriter s’il y a un problème pendant la nuit.

    Au petit matin, deux de nos hôtes, dont un parlant quelques mots d’anglais, viennent nous apporter du thé et des gâteaux.

    Ils nous amènent ensuite découvrir le jardin de thé, en amont du village. Depuis le sentier qui mène aux plantation on repère des tentes floquées des noms des différentes organisations qui les ont fournies. En cette saison, le temps est brumeux et on ne peut apercevoir que la première rangée de montagnes en face. Mais vers septembre-octobre, il y a, parait-il, une belle vue au loin sur les sommets enneigés.

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    On s’arrête à la petite fabrique de thé, géré par un indien qui travaillait précédemment à Darjeeling. Après nous avoir fait faire la visite des lieux, il nous explique les différentes sortes de thé et comment le déguster. On apprend qu’il est meilleur lorsqu’il est cultivé en altitude car le stress climatique développe les arômes de la plante. Les feuilles récoltées, exclusivement par des femmes, sont les jeunes pousses et selon la période de l’année (avant, après la mousson…) et le degré d’oxydation qu’on leur inflige, on aura des thés différents (green, black, brown, golden, etc.)

    Place à la dégustation. Les feuilles infusées 5 minutes pour ce type de thé, sont amenées dans  une coupelle à côté du verre. L’idée est de les sentir, puis de s’intéresser à la couleur de l’infusion, et enfin de gouter en aspirant de l’air tout en gardant le liquide pour en faire ressortir les aromes.

    Nous n’imaginions pas ce que la culture du thé pouvait être semblable à celle du vin.

    Après avoir déjeuner avec nos hôtes dans la même maison que pour le diner, les avoir remercier, et avoir payer notre dû, nous rentrons à Katmandou. Alors que nous étions en pleine campagne, nous nous retrouvons rapidement dans la poussière et le bruit de la capitale.

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    Le lendemain matin, c’est le jour 6 mois après le décès de la mère de Madukar. Etant le dernier fils de la famille, il lui revient la tâche d’organiser une cérémonie chez lui. Un prieur bouddhiste est convié ainsi que la famille et les amis. La veille, il s’est rasé la tête, ne laissant qu’une « couette » au sommet de son crâne en guise « d’antenne » pour la connexion avec l’au-delà.

    Le lendemain matin on nous fait signe de monter au dernier étage de la maison. Il y a déjà beaucoup de monde lorsque l’on arrive dans la grande pièce vide qui sert de lieux de cérémonie. Madukar nous explique brièvement le déroulé puis on est « sommé » d’aller prendre un petit-déjeuner au dernier étage. Ici, comme sur la terrasse, des hommes et des femmes de tous âges s’affairent. Certains préparent de la viande, d’autres épluchent des légumes, et une femme coupe une quantité inquiétante de piments.

    Le ventre plein, nous descendons d’un étage pour assister à la cérémonie. Cela nous parait assez brouillon, avec des personnes qui se lèvent, et partent n’importe quand, d’autres qui discutent entre eux. Personne ne semble très concentré, ni même Madukar, assis au centre de la pièce avec le prieur.

    Hasard du calendrier, la cérémonie de Madukar tombe le même jour que le début d’une fête. En fin de journée on se rend dans son ancienne maison située dans la vieille ville. Les petites ruelles du centre historique ne sont pas éclairées, pas plus que les habitations ce qui contraste avec le quartier touristique de Thamel.

    Les maisons du centre-ville sont construites sur le même modèle. En passant la porte on a l’impression de débarquer dans une cave. On monte un premier petit escalier, qui s’apparente plutôt à une échelle, pour arriver sur une chambre très étroite.

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    L’étage suivant, pas plus haut que le premier, est également composé d’une chambre et d’une petite pièce.

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    Nico peut relever la tête uniquement en arrivant au dernier étage, dans la cuisine-salon. Plusieurs personnes sont assises par terre, sur un sol en terre. La pièce est éclairée par une bougie et une lampe de poche installée en plafonnier. Le plafond n’est qu’un toit en taule ajourée où l’on voit trotter un gros rat, pas vraiment effrayé par le surpopulation de la pièce.

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    De nouveaux convives affluent dans la petite pièce, et sans surprise il y a embouteillage dans l’escalier. On sert à boire, de la « bière locale » et du rhum… « local » lui aussi. Le mot placé avec « local » ne donne en fait aucune indication sur la nature du breuvage. La bière s’apparente plus à un soda un peu laiteux et le rhum a le goût de calvados. Sitôt avalé, les choses s’animent. C’est un peu la confusion en bas et après quelques minutes la troupe se dirige vers une sorte de litière à bras dans laquelle on pose des statues de dieux hindous et des offrandes de nourriture. Une douzaine d’hommes se chargent de porter la litière au pas de course.

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    Les porteurs vont vite, par conséquent l’autel portatif est bien secoué et les statues souvent renversées. La litière se coince une nouvelle fois dans des câbles électriques et au bout de 200 ou 300 mètres de course, elle est déposée à côté d’un des nombreux autel qui jonchent la ville de Katmandou. Madukhar nous explique que c’est celui de sa communauté. Ils allument des dizaines de bougies, et y déposent des offrandes.

    C’est toujours joyeux et animé, et enfin de compte un peu confus.

    Comme convenu, le lendemain, nous retrouvons Madukar à 11h dans la vieille ville pour la suite des cérémonies. Au programme, une distribution de nourriture et de bombons pour les enfants. On en a un sac plastique plein à craquer.

    Avant midi, les ruelles sont déjà inondées d’enfants et de parents.

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    La procession refait un passage par l’autel. Les offrandes aux dieux terminées, la distribution commence. Tout le monde tourne dans le même sens avec un tâche bien définie. Il y a ceux qui distribuent les coupelles en terre cuite, les suivants le lait, puis le riz, des légumes, nous on distribue nos bonbons, derrière ils ont des stylos, des gâteaux, etc. C’est une course frénétique comme la vieille.

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    Une fois notre sac vide, et le sien aussi, Madukar nous demande comment l’on se sent. Il a l’air sincèrement heureux de cette action.

    Le lendemain on prend le bus pour Pokhara. Les 7h de trajets nous amènent à traverser les plaines du Népal en plein après-midi. La chaleur est étouffante. On est surpris du nombre d’infrastructures touristiques le long du parcours.

    Arrivés à destination, fini la poussière et place aux routes en « bon » état et à la verdure. On est entouré de collines verdoyantes, qui avec la brume, masquent les sommets himalayens.

    Le nombre d’hôtels est considérable et on constate bien vite que le taux de remplissage est faible. On en choisit un dont le propriétaire nous avait dit à la descente du bus que nous pourrions mettre notre tente sur son toit pour 100 roupies (environ $1) si on le souhaitait. On prend une chambre finalement. L’immeuble est neuf et les chambres sont confortables. Le meilleur standing que l’on ait eu depuis le début du voyage.

    C’est au petit matin que l’on a la plus belle lumière et surtout que le ciel est dégagé pour apercevoir les montagnes. Le Machhapuchhare, avec ses presque 7000 mètres, s’impose au-dessus des premières montagnes.

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    Toute la ville en bordure du lac est quasi exclusivement tournée autour du tourisme.

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    Les magasins d’équipement de montagne se succèdent, la majorité n’ayant que de la contrefaçon à proposer. The North Face ou ici « The North Fake » est de loin la marque la plus plagiée, avec plus ou moins de succès. Pendant 2 jours nous profitons des petit-déjeuner de qualité, nous faisons le plein de vitamines en sirotant des jus de fruits au bord du lac et terminons les préparatifs.

    Le dimanche 10 avril à 6h30 nous avons rendez-vous à la gare routière, direction Besisahar, ou autrement dit, au départ du trek autour des Annapurnas.

     

     

     

5 Responsesso far.

  1. Nico tu as changé de chemise. La précédente était plus lumineuse!!!!!!
    Vous nous avez fait partager de belles photos!
    bises

  2. Thérèse dit :

    Coucou
    Comment faites vous (surtout Nico) pour être si peu bronzés en étant toujours dehors en plein soleil ?
    Profitez bien de ces derniers jours en Asie avant de faire le grand saut en Afrique.
    Bises

  3. Francois dit :

    content de vous lire et de voir ces photos qui font toujours autant envie 🙂
    pour tout vous avouer ca faisait quelques temps que je n’étais pas allé sur votre blog 🙁
    en tout cas vous avez l’air en pleine forme!

    grosse bise
    Francois

  4. Valque dit :

    Vos commentaires sont toujours aussi intéressants et vos photos sont très riches. Merci de nous permettre de voyager avec vous.

  5. charline dit :

    Hâte de lire vos aventures africaines 😉 !
    Etienne et Charline

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