• Nepal (partie 2)

    Besisahar à une centaine de kilomètres de Pokhara, nécessite plus de 5h de route. Il y a bien longtemps que ce type de ratio temps/distance ne nous surprend plus. Une petite nouveauté toutefois ce matin, le nombre de passagers ayant une « réservation » en comparaison du nombre de places assises. On a beau être en avance, Anais trouve une place vacante au fond mais Nico doit se contenter d’un bout de banquette à côté du chauffeur. A quelques minutes du départ, un banc est installé dans l’allée centrale et le bout de banquette de Nico se réduit comme peau de chagrin. Il a le pied droit derrière le siège du conducteur et le pied gauche entre son siège et les pédales.

    A peine après avoir quitté la gare, l’assistant du pilote, un pied sur les marches du bus et l’autre dans le vide, faute de place, racole encore des passagers qui parviennent, après quelques gesticulations, à se glisser dans le bus.

    Plus l’on approche de la destination, moins la route est facile. Le voisin de Nico a visiblement quelques réserves quant à la fiabilité des infrastructures puisqu’il se signe à chaque fois que nous passons sur un pont.

    Midi, Besisahar. Les prix dans les boutiques se sont déjà envolés. +50% dans le meilleur des cas. Aïe ! On se demande un peu ce que cela va donner là-haut. A l’arrière du bus, Anaïs a sympathisé avec un couple de tchèques et un portugais, Gonzago, parlant un français impeccable. Eux aussi souhaitent continuer un peu en véhicule et commencer à marcher un peu plus tard.

    Pendant plus de 4h, nous partageons une Jeep qui va nous épargner plusieurs kilomètres à pied le long de la « route » poussiéreuse. Petit à petit, on prend de l’altitude et les paysages se transforment. La beauté du décors finit par nous convaincre d’abandonner plus tôt nos amis pour commencer à marcher depuis Tal.

    Le Trek

    Jour 1 : Tal – Thaleku

    Nous suivons les gorges en alternant sections sur la route et sentier. Nous prenons un peu d’altitude.

    Le chemin, comme la route, est taillé dans la montagne. C’est toujours verdoyant

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    Jour 2 : Thaleku – Ghyaru

    On décolle au petit matin. La route ressemble à la veille, dans un décor très vert. Puis au détour d’un virage l’on découvre un cirque gigantesque, vestige d’un glacier depuis longtemps disparu. On décide de s’arrêter pour prendre le petit déjeuner : dans notre dos, on découvre la face Nord de l’Annapurna 2. Plus de 5000m de neige et de glace qui nous dominent majestueusement.

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    Le chemin quitte doucement la vallée pour grimper sur le versant opposé aux Annapurnas.

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    Encore 400m bien raide et on s’arrête en fin de journée à Ghyaru. Nous sommes les seuls clients d’une maison traditionnelle tibétaine.

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    Compte tenu de la température de l’eau on estime que l’on n’est pas si sale que ça et on se contente de se laver les pieds et le visage…

    Jour 3 : Ghyaru – Ngawal

    Nico a eu de violents maux de tête au milieu de la nuit qui l’ont empêché de dormir. Il a fallu se faire violence le matin pour repartir. On espère alors que la douleur va diminuer très vite d’autant que l’on avait pensé profiter de cette journée pour faire une première acclimatation.

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    Au bout d’une heure ça va mieux. Arrivés en début de matinée vers Ngawal, on laisse le gros de nos affaires dans un lodge et on part en direction du col de Kang La à 5300m. L’objectif est de grimper assez haut, prendre le temps d’y pique-niquer et de redescendre dormir « en bas ».

    A 4600m, à l’abri du vent, on attaque notre fromage de yak et boite de thon. Cela fait 3 jours que l’on mange cela et il y a fort à parier que le menu reste le même les midis à venir.

    On a beau monter, les sommets nous paraissent toujours aussi inaccessibles. On aperçoit toutefois mieux les détails de ces faces interminables. Il est difficile d’apprécier les distances, notre œil étant bien trop habitué aux proportions alpines.

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    On croise quelques occidentaux qui redescendent de la vallée de Naar avec leurs guides et porteurs. Ces derniers portent deux gros sacs de voyage attachés par des cordes. Ils ne se servent pas des bretelles mais uniquement d’une sangle placée sur leur front (on voit aussi des porteurs qui « empilent » les gros sacs de randonnée l’un sur l’autre). Inutile de préciser qu’en règle générale on les croise bien avant leurs clients…

    Les sommets appartiennent à une autre monde. Si proches et pourtant bien loin des conditions dans lesquelles nous évoluons, même à 4000m.

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    Tous les jours, à partir de midi, le vent se lève et les nuages s’accrochent autour des pics et des arêtes jusqu’à les faire disparaitre complément. Là-haut, les trainées de nuages ou de neiges soufflées par le vent laissent imaginer que les conditions sont effroyables.

    Ce soir-là, à 19h, au chaud dans notre duvet on entend le grondement du tonnerre déformé par l’écho et l’épais brouillard.

    Jour 4 : Ngawal – Khangsar

    Au bout de quelques heures, le sentier doit nous faire gagner Manang et sa vallée.

    On profite d’être toujours sur le versant faisant face à la chaine des Annapurnas pour prendre notre petit déjeuner. Pain, miel et thé ou café. On est surpris par un bruit assourdissant et on finit par remarquer une énorme nuage blanc qui glisse sur le flanc de la montagne. Une avalanche. Ou plutôt une méga-avalanche au vu de la taille du nuage.

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    Il y a pas mal d’agitation à Manang et tellement de Français que l’on se croirait à Chamonix. On y trouve des cafés, des boulangeries, et les tarifs sont honnêtes. On fait quelques courses et on file vite de là, direction le lac de Tilicho.

    On aperçoit nos premiers « chamois », ou leurs cousins himalayens, en passant sur une des passerelles métalliques qui enjambent les rivières puis on arrive à Khangsar en plein concours de tir à l’arc.

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    Jour 5 : Khangsar – Tilicho Base Camp

    Après quelques kilomètres, et le petit déjeuner, l’ambiance change radicalement. Le chemin sillonne dans un éboulis démesuré où quelques colonnes rocheuses émergent çà et là.

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    On atteint le base camp vers 10h, bien plus tôt que prévu. Mais comme il est trop tard pour poursuivre vers le lac, 1000m plus haut, on décide d’improviser une sortie autour du lodge.

    Au bout d’une heure, un mauvais pierrier nous contraint de faire demi-tour et l’on se rabat vers un col plus au nord qui semble à portée.

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    En chemin on tombe sur un groupe de « bouquetins himalayens ». Anais les prend en chasse avec l’appareil photo, et on monte comme ça petit à petit vers le col. Mais après encore 1h il s’avère que le « petit col à notre portée » est toujours aussi loin et que la montagne à sa gauche devient de plus en plus imposante. Il faut se rendre à l’évidence, on a encore mal évalué le terrain. On décide de rentrer au lodge pour être en forme pour le lendemain.

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    Ce lodge est bien différent de ceux que nous avons fréquenté jusqu’à présent. Il n’est pas dans un village, mais a été construit spécialement pour y accueillir les marcheurs allant vers le lac. Et comme les randonneurs font généralement l’aller-retour, l’établissement est plein et la direction a su adapter les prix en fonction de cette demande intarissable.

    Jour 6 : Tilicho Base Camp – Shree Kharka

    Comme on doit repasser par le lodge on y laisse le gros de nos affaires pour monter léger. Avec un peu de confort toutefois puisque l’on prévoit de se faire du café à côté du lac.

    La montée s’effectue facilement, notamment pour celui qui ne porte pas le sac. La différence se fait sentir pour celui qui le récupère en cours de montée. Vers 4800m on commence à marcher dans la neige. Nous n’en avions pas rencontré jusque-là !

    A 5000 mètres, l’eau pour le café boue plus lentement que d’habitude. On patiente en parcourant du regard les sommets qui nous entourent. On retrouve notre « petite montagne » de la veille, à côté du col, qui nous domine encore de plus d’un kilomètre ! Dans notre dos, le lac, et sur la droite, la grande barrière des Annapurna qui dessine un arc de cercle glacé.

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    On redescend en trottinant pour récupérer nos affaires, et après un casse-croute rituel (fromage de yak, thon en boite), on reprend le chemin des éboulis pour gagner Shree Kharka. Le sentier n’est pas large, et des pierres roulent souvent, mais ça ne semble pas effrayer un cheval ni son cavalier, qui évoluent au trot dans ce décor lunaire.

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    Nouvelle rencontre improbable quelques minutes plus tard lorsque l’on croise des porteurs chargés de troncs d’arbres, obligés de marcher en crabes pour pouvoir avancer.

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    Avant arriver à destination, on aperçoit un important troupeau de yaks (nos fournisseurs de fromage).

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    Jour 7 : Shree Kharka – Thorung High Camp

    Départ vers 6h comme tous les matins. Seuls, comme souvent, nous surprenons des groupes de « bouquetins », pas farouches tant que l’on respecte quelques mètres de distance.

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    Alors que l’on a repéré l’endroit idéal pour prendre le petit déjeuner, on remarque que le promontoire est occupé par des vautours qui se laissent doucement approcher.

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    On perd pas mal d’altitude avant de recommencer à monter tranquillement. Le vent s’est levé tôt aujourd’hui et on craint de l’avoir en face jusqu’au soir étant donné que notre itinéraire suit un profond vallon.

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    On croise des vttistes et réalisons que nous avons dû doubler leurs porteurs vu qu’ils ne sont pas chargés du tout. Il faut une sacrée maitrise sur certains passages peu larges ou le moindre écart peut les envoyer dans la rivière quelques dizaines de mètres plus bas.

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    C’est sur ce même chemin étroit qu’Anais a juste le temps de se plaquer contre la paroi pour laisser passer un cheval emballé. On finit par arriver un peu fatigué au Thorung La Base Camp. Le mot « base camp » est assez trompeur puisqu’il s’agit en réalité d’un complexe imposant, avec des bâtiments de bonne facture aux larges baies vitrées permettant de profiter d’un panorama spectaculaire. Lumière tamisée, musique d’ambiance, viennoiseries, etc. à 4500 mètres d’altitude.

    Encore un peu moins d’une heure d’effort et on arrive au High Camp, à plus de 4800m. Il y a foule et niveau confort, disons que l’on est arrivé d’un coup en très haute montagne !

    Compte tenu des efforts de la journée et de l’altitude, on entend notre pouls au niveau des tempes et on prend par précaution un Diamox chacun pour prévenir le mal des montagnes. Le vent finit par faiblir vers 19h et laisse place au brouillard. Il se met alors à neiger.

    Jour 8 : Thorung High Camp – Jharkot

    Nous appréhendions un peu la nuit à près de 5000m mais finalement ça s’est plutôt bien passé. Réveil à 5h pour un départ 30 minutes plus tard. La mauvaise nouvelle c’est que les randonneurs du camp du dessous avaient visiblement tous prévus de commencer encore plus tôt puisque c’est une horde de marcheurs que nous découvrons en sortant de notre chambre, grimpant péniblement jusqu’au high camp. D’autres sont déjà arrivés ou sur le départ. Dans le lot certains ont décidé d’engager des porteurs pour cette étape voire même de la faire à cheval ! Et tout ce beau monde s’engage sur le sentier étroit en même temps que nous. Comme il est absolument inenvisageable pour nous de randonner comme l’on défilerait un premier mai on décide d’accélérer et de se frayer un passage chaque fois que c’est possible. Mais à 5000m ce n’est plus aussi aisé qu’en bas. Aussi, on est un peu essoufflé lorsque l’on finit par s’extraire du cortège.

    C’est le premier jour où l’on sort les gros gants mais on pensait qu’il ferait plus froid que ça. Et comme d’habitude dès que le soleil pointe on enlève des couches. On est entouré de glaciers d’où l’on entend parfois des séracs qui se décrochent pour se fracasser quelques centaines de mètres plus bas. Arrivés au col, à plus de 5300m (5400m d’après la carte), on fait le même constat que lorsque nous étions près du lac : il en manque encore pas mal pour atteindre les sommets ! A notre gauche, le Thorung Peak, 6144m, peut-être le plus accessible, si l’on parvient à escalader les 800 mètres de rocher et de glace bien dure qui dépassent du col. Autrement, rien à moins de 6500m à des kilomètres à la ronde.

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    Si l’on peine un peu à trouver son souffle à la montée, en revanche il n’y a aucun problème lors de la descente. On ne ressent alors plus aucun effet lié à l’altitude. On gagne tranquillement Muktinat : temples quelconques, rues poussiéreuses, guesthouses et agences de voyages à profusion. Le tout nous donne envie de fuir ou de faire demi-tour.

    Mais pour d’autres, Muktinat c’est un lieu de pèlerinage où certains n’hésitent pas à venir directement en hélicoptère. On a juste le temps de s’abriter derrière un muret pour éviter une tempête de sable déclenchée par les pales de l’appareil. A cause du vent il a quelques difficultés à se poser puis l’énorme engin est assailli de dizaines de mules et de chevaux. On imagine qu’il est chargé de ravitaillement mais à notre stupéfaction, ce sont des hommes et des femmes qui montent sur les bêtes. Direction les temples.

    De notre position on repère un petit village à 30 minutes de là qui semble davantage nous convenir. Sur la place centrale on tombe sur un concours de tir à l’arc. C’est d’un autre niveau que celui que l’on avait observé à Khangsar. Ici plusieurs archers mettent dans le mille ! Certains, notamment les jeunes, prennent le temps de viser. Les plus vieux ont plutôt un tir instinctif, qui s’avère être, à notre grande surprise, redoutablement efficace.

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    Jour 9 : Jharkot – Jomsom

    On se lève pour notre dernière journée de marche. Avant de rejoindre Jomson et sa gare routière, on fait un crochet (de quelques heures de marches) par Kagbeni, porte d’entrée du Mustang.

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    On aperçoit de temps en temps le Dhaulagiri entre les montagnes. Après un raccourci un peu hasardeux puisque Kagbeni s’avère en fait être « Tiri », un village peu plus au nord.

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    D’ici on voit Kagbeni… Le vent est si violent qu’il est difficile de marcher sans être déporté. Comme le chemin se poursuit encore dans la gorge les conditions restent les mêmes jusqu’à Jomsom. Encore 2 heures de marche au milieu des bourrasques et des tornades. Heureusement que le Nilgiri et ses 7000m nous offre un superbe spectacle.

    On est obligé de lâcher un montant délirant pour le ticket de bus pour Pokhara : prix touriste nous dit-on.

     

    La suite du voyage

    Le lendemain on va mettre près de 9h pour rejoindre Pokhara. Pas mal secoués jusqu’à retrouver l’asphalte, 1h avant l’arrivée.

    On décide de rester un peu à Pokhara avant de repartir tout en gardant un œil sur la date d’expiration de notre visa. On estime que 8 jours suffiront pour les 700km qui nous attendent.

    C’est le 22 avril, en fin de matinée que l’on ré-enfourche les vélos. Les premières montées ne sont décidément pas faciles d’autant qu’il fait bien chaud.

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    On trouve un petit endroit original en bord de route pour dormir. Une famille entretient un petit espace et le transforme en une sorte de parc. On ne comprend pas trop le truc mais des gens viennent s’assoir sur des bancs quelques minutes et repartent.

    On plante la tente à côté des chèvres surexcitées qui grimpent et courent dans tous les sens.

    Notre route vers le sud se poursuit encore 2 jours jusqu’à atteindre Butwal pour le repas de midi. On est dans les plaines et il fait plus de 40°C. C’est à partir d’ici que nous devons faire désormais cap à l’ouest sur près de 500km. Mais la chaleur et le vent violent ont rapidement raison de notre combativité et on décide de changer de route. On quittera le Népal par le sud pour prendre un train dès que possible pour New Delhi.

    Pour gagner la frontière on décide de faire un crochet par Lumbini, ville de naissance du Bouddha. En arrivant par le nord, on traverse une belle forêt et on plante la tente à côté d’un village. Après quelques palabres pour expliquer pourquoi l’on préfère dormir en tente que dans un hôtel, 2 jeunes décident de nous prendre en main : il nous montre l’endroit pour la tente, nous aide à la monter, nous amène de l’eau, expliquent aux villageois d’une caste inférieure qu’il ne faut pas nous importuner. Ils ont la vingtaine et sont militaires mais engagés dans l’armée indienne. La solde bien plus attractive et les moyens plus conséquents les ont convaincu de se mettre au service d’un autre pays que le leur !

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    Lumbini ressemble à un Disneyland ou à une nouvelle zone commerciale en chantier pour bouddhistes. Des temples sortent de terre les uns à côté des autres. Chaque pays peut ériger le sien. Une débauche de moyens et de chantiers à l’abandon. On ne s’attarde pas et on file vers la frontière avant qu’elle ne ferme.

4 Responsesso far.

  1. LE GOAL Maryline dit :

    Magnifique, bravo, merci pour les photos. A ces altitudes, il ne faut pas trop courir ! Pour l’Afrique, on attend les prochaines chemises pleines de couleurs,
    Bises, take care,
    Maryline

  2. céline dit :

    Coucou,
    quel périple asiatique! Merci pour ces beaux moments.
    J’attends l’épopée africaine avec impatience.
    Bises
    céline

  3. Lucie dit :

    Hello les aventuriers !

    Merci de nous faire partager votre quotidien sur les routes asiatiques !!

    Je pensais regarder qq photos et je me suis fait prendre par vos textes ! J’ai eu l’impression de voyager avec vous, c’est génial ! Non seulement les photos sont belles mais le texte bien écrit est super agréable à lire. Bravo !

    A bientôt pour la suite de votre tour,

    Bisous

  4. Alice dit :

    Toujours aussi kifant votre incroyable quotidien

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